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20 juin 2008 5 20 /06 /juin /2008 22:26

Etranglé à la naissance par son cordon ombilical, Alexandre Jollien est un miraculé, mais il ne sortira pas indemne de ce périple. Handicapé, il brave les obstacles qui se dressent sur son chemin. Les écoles spécialisées  s'imposent à lui mais elles sont loin de tarir la soif de connaissance qui sommeille en lui. Passionné de philosophie , Alexandre Jollien poursuit des études en la matière à la faculté des lettres de l'Université de Fribourg en Suisse mais également auTrinity collège à Dublin où il apprend le grec ancien. Il consacre dès lors sa vie à la philosophie et à l'écriture. Ses oeuvres révèlent par ailleurs un homme entier  qui a su se transcender.

 


Alexandre Jollien dans « La construction de soi » s’adresse à Spinoza :

 

J’ai mieux compris la souffrance d’être « différent », les moqueries et ma volonté d’être normal. Je ne conçois guère de regrets lorsque j’observe une mésange virevolter dans le ciel. Je n’ai pas d’ailes et elles ne me font pas défaut. Pourtant, imaginons que les hommes, les femmes, tous les êtres qui m’entourent puissent voler. Il y a fort à parier que j’envierai ces drôles d’oiseaux. Oui, c’est la comparaison qui accentue les privations et inflige les différences. En une page vous illustrez les combats de ma vie. Avec finesse, vous mettez les doigts sur une blessure. Je la devine désormais ; « Tu as vu le vélo à trois roues ? », « Il est rigolo le monsieur sur son tricycle ». Pour assumer ma singularité, j’ai ouvert votre Ethique.

Pour nous rassurer, nous comparons. Cependant en scrutant les autres, nous nous exposons à l’exclusion, à la différence, au manque. Comment en finir avec cette propension à se référer sans cesse à des modèles ?

Depuis peu, depuis vous, je commence à bannir les comparaisons sans devenir assez fou pour vouloir toutes les abolir. Simplement, je souhaite les purifier et ne conserver que celles qui me sont réellement utiles. Certes l’existence réclame ses références et une tonique émulation libère les possibilités qui sommeillent dans un individu. D’ailleurs l’esprit possède par induction, il tire profit de l’expérience, analyse et extrait une loi de la multiplicité des situations. Sans relâche il établit des parallèles, ose des rapprochements pour y puiser de profitables enseignements. Aussi, c’est grâce à la comparaison que je n’ai pas besoin de me brûler deux fois les doigts pour savoir que l’eau bouillante est dangereuse. Il serait vain d’éliminer cet instrument de la vie.

Une chose est de l’utiliser comme un moyen de progresser, une autre de l’installer au cœur de la vie. Celui qui dirige systématiquement son regard ailleurs, en se laissant déterminer par ce qu’il aperçoit, finit par ressembler à une éponge, ou à un esclave qui n’existe que par imitation. Naturellement, le spectacle du bonheur, le renvoyant à ses propres échecs, le plongera non dans la joie, mais dans la haine de soi. A l’inverse, quand le mécontentement et l’envie nous tiraille, il est tentant de nous rassurer en nous attardant sur le sort des plus malheureux. Tant que nous ne vivons que relativement à nos semblables, tant que nous quémandons au premier venu son approbation, ses louanges, nous ne saurions jouir de la paix. Réconfort, amour, assurance, se cultive aussi à domicile. Comment cesser de continuellement nous positionner par rapport à autrui ?

 

Alexandre Jollien

 


 

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Published by Marie Rêveuse - dans Philosophie-Spiritualité
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commentaires

sevim 01/07/2008 22:51

Merci pour ce très beau texte. J'ai rencontré Alexandre Jollien , c'est un très beau souvenir. J'ai été ravie de l'entendre parler lors d'un interwiew récemment sur un autre blog : http://spinescent.blogspot.com/2008/06/le-prsent-pure-gratuit-par-alexandre.html
Amicalement, Sylvie

Marie Rêveuse 02/07/2008 07:52


Bonjour!
C'est un texte qui remue nos conditionnements.
Je suis allée voir le blog, je prendrai le temps d'écouter.
Tes textes me parlent également beaucoup, ceux dans la colonne à droite sont tellement vrais.
A bientôt Syl-vie! Bonne journée!


Sourire 24/06/2008 18:45

Bonsoir Marie-Rêve, heureuse de retrouver ici Alexandre qui est un Maître pour moi. Je l'ai découvert à travers son livre: "L'éloge de la faiblesse", il y a quelques années, qui est une pure merveille. Merci.

Marie Rêveuse 24/06/2008 22:51



A.J. a dû par mille fois regretté d'être né....il nous aurait bien manqué.
Finalement, je suis ton grenier. A chaque fois que tu viens tu es ravie!
A bientôt alors!



bellelurette 23/06/2008 17:33

Sur tes conseils, je reviens de la prairie aux lucioles... c'est délicieux. Je sens que je vais passer un bon moment à tout lire, j'en suis au début. Et j'ai rajouté un com juste après toi, quand il parle de la Starac... (réponse à Zoé)!

Marie Rêveuse 24/06/2008 08:16


J'y suis retournée également....et j'ai compris qui était Otto Ritter. Ah ah ah !!!


" Charly " 23/06/2008 05:13

Excellent sujet que celui de la comparaison avec les autres. Il décrit fort bien les conséquences heureuses ou malheureuses que l'on en retire. Je dirais que se comparer aux autres est un réflexe inné. On a besoin de se positionner par rapport à ceux qui nous entourent. Une ressemblance nous rassurera, une constatation qui nous favorise sera flatteuse, mais c'est lorsque la comparaison nous est défavorable que les choses se compliquent. Dans le meilleur des cas on lui reconnaît un talent qu'on n'a pas et l'on n'y peut rien. Dans le pire des cas, il nous renvoie l'image d'une faiblesse que l'on tente de vaincre. Si l'on sait regarder le bon côté des choses, on se dira qu'il est possible de la vaincre puisqu'on a la preuve devant nos yeux. Si l'on est d'un naturel pessimiste, on pourrait nourrir de la jalousie, ce qui nous rendrait la situation encore plus compliquée. J'ose croire que, dans ce cas-là, on s'empresse, peut-être inconsciemment, de trouver un petit défaut chez celui-là, histoire de nous rassurer ( il n'est pas si bien que ça finalement).
Puissante quand même la réflexion du jour.
Charly...

Marie Rêveuse 23/06/2008 11:03



Ah, Charly! Toujours aussi bavard. J'ai un fils nommé Charly et c'est également un moulin à parole surnommé pendant un temps "Radio Charly" (rires!).
Merci quand même de venir chez moi t'user les neuronnes!
Le combat serait de ne plus se comparer ni en bien ni en mal. Nous sommes ce que nous sommes, point. Les apparences ne sont qu'une surface et la tâche devrait consister à regarder plus
profondément en nous le pourquoi de ce besoin de comparaison qui est la source de bien de maux. Prenons la comparaison comme un exercice à la connaissance de soi.
A bientôt!



bellelurette 22/06/2008 22:55

Et en plus, il est beau ! Ses yeux sont plein de gentillesse.

Marie Rêveuse 23/06/2008 00:36



C'est vrai, on y ressent une tendresse infinie. On peut se noyer dans son regard...mais bon il est marié (rires!)
Bonne nuit Belu!



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