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5 mars 2014 3 05 /03 /mars /2014 22:16

J'ai envie de te dire... à toi et à toutes les femmes qui passent ici, et qui s'attardent un moment à lire deux ou trois petites paroles inutiles:

Je t'en prie, installe-toi, je te servirai un thé à la menthe, où une boisson fraîche, je t'installerai à l'ombre de la tonnelle, il fait chaud par chez moi.
Tu viendras dans mon jardin, je te montrerai mes arbres, qui te salueront de leur fière splendeur, bien plus grande que toutes les mesquineries et désolations du monde extérieur.

Je t'en prie, installe-toi, tu es ici chez toi.
Et quand tu te seras posée un moment, quand nous aurons respiré ensemble au rythme de la même symphonie, quand nous aurons été attentives aux battements de la vie dans nos poitrines...

Alors... nous parlerons entre femmes de choses de femmes.

J'ai besoin de temps en temps d'un vrai temps de femmes...
Pas un temps où l'on parle de balais ou autres formules de nettoyage, pas un temps où l'on s'échange les meilleures recettes de cuisine, pas même un temps où l'on parle de nos hommes et de nos enfants toujours si omniprésents dans nos vies.

Non!
Un vrai temps de femmes.
Un temps où l'on touche le cœur du cœur, le cœur de la vie, par les paroles échangées en vérité, sans peurs, sans excuses, sans faux fuyants, sans fuite, sans mesquineries, sans jalousie.
Un temps de paroles qui comptent vraiment, de ces paroles essentielles. De ces paroles qui nous rendent à notre fierté d'être des femmes.

Nous parlerons, et nos paroles partiront dans le vent rejoindre toutes les paroles fondamentales des femmes des tous les pays, de tous les temps..
Et nous saurons dans le plus profond de notre ventre que nous faisons partie de cet immense cortège des femmes de toujours et de partout. Des femmes qui transmettent la vie, la portent dans tous les coins de la sphère humaine... comme une flamme haute, qui se transmet à la vitesse de nos  quêtes fondamentales...

Et quand nous aurons parlé, alors nous nous tairons ensemble, et ce silence sera plus dense encore que toutes les paroles qui auront circulé entre nous
Nous nous tairons ensemble, nous respirerons la même brassée de profonde quiétude

Puis, nous pourrons repartir vers nos hommes, nos enfants, nos maisons, nos travaux et nos jours... pacifiées et fortifiées...

 


 

 

Si vous voulez d'autres textes cliquez ICI

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Published by Marie Rêveuse - dans Lecture
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29 juillet 2008 2 29 /07 /juillet /2008 01:36
D'ou vient l'émerveillement que nous ressentons devant certaines oeuvres? L'admiration y naît au premier regard et si nous découvrons ensuite, dans la patiente obstination que nous mettons à en débusquer les causes, que toute cette beauté est le fruit d'une vertuosité qui ne se décèle qu'à scruter le travail d'un pinceau qui a su dompter l'ombre et la lumière et restituer en les magnifiant les formes et les textures -joyaux transparent du verre, grain tumultueux des coquilles, velouté clair du citron -, cela ne dissipe ni n'explique le mystère de l'éblouissement premier.

C'est une enigme toujours renouvelée: les grandes oeuvres sont des formes visuelles qui atteignent en nous à la certitude d'une intemporelle adéquation. L'évidence que certaines formes, sous l'aspect particulier que leur donnent leur créateurs, traversent l'histoire de l'Art et, en filigrane du génie individuel, constituent autant de facettes du génie universel, a quelque chose de profondément troublant. Quelle congruence entre un Claesz, un Raphaël, un Rubbens ou un Hopper? En dépit de la diversité des sujets, des supports et des techniques, en dépit de l'insignifiance et de l'éphèmère d'existences toujours vouées à n'être qu'un seul temps et d'une seule culture, en dépit encore de l'unicité de tout regard, qui ne voit jamais que ce que sa constitution lui permet et souffre de la pauvreté de son individualité, le génie des grands peintres a percé jusqu'au coeur du mystère et a exhumé, sous diverses apparences, la même forme sublime que nous cherchons en toute production artistique. Quelle congruence entre un Claesz, un Raphaël, un Rubbens ou un Hopper? L'oeuil y trouve sans avoir à la chercher une forme qui déclenche la sensation de l'adéquation, parce qu'elle apparaît à chacun comme l'essence même du Beau sans variations ni réserve, sans contexte ni effort. Or dans la nature morte au citron, irréductible à la maestria de l'éxécution, faisant jaillir le sentiment de  l'adéquation, le sentiment que c'est ainsi que cela devait être disposé, permettant de sentir la puissance des objets et de leurs interactions, de tenir dans son regard leur solidarité et les champs magnétiques qui les attirent et les repoussent, le lien ineffable qui les tisse et engendre une force, cette onde secrète et inexpliquée qui naît des états de tension et d'équilibre de la configuration - faisant jaillir, donc, le sentiment de l'adéquation, la disposition des objets et des mets atteignent à cet universel dans la singulatité: à l'intemporel de la forme adéquate.





Still Life with Fruit Pie, 1635. Willem Claez





The virgin of lorette. Raphaël




Rubens and Helene Fourment in the garden. Peter Paul Rubens





Extrait de "Lélégance du hérisson" de Muriel Barbery (p. 216)

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1 mai 2008 4 01 /05 /mai /2008 15:40

Toute la famille était là. Le navarin et la tarte à la crème engloutis, le four micro-onde nettoyé et renettoyé (mon cher mari a eu la bonne idée de faire cuire un oeuf dur dedans), je me suis replongée dans Pennac. Un œil sur les lignes et un autre sur mon environnement, j'attends.....YESSSS, ils sont tous sortis à leurs occupations. Aussitôt la maisonnée vide, Pennac est laissé à sa philosophie et je grimpe quatre à quatre les escaliers pour assouvir ce nouveau vice: LE BLOG. Aller pondre sa bafouille, chercher des images, aller voir chez les autres ce qu'ils racontent. C'est honteux mais je ne résiste pas !! (hi hi !!). C'est pas  que j'ai de nombreux lecteurs, au maximum vingt par jour mais c'est comme ça.

Neandertal a laissée Lascaux alors pourquoi pas moi?


Je disais donc Pennac, oui, qui réveille mon inconscient : "Cette enfance-là n'était pas drôle, et s'en souvenir ne l'est pas davantage. Impossible de s'en flatter. Comme si l'ancien asthmatique se vantait d'avoir senti mille fois qu'il allait mourir d'étouffement! Pour autant le cancre tiré d'affaire ne souhaite pas qu'on le plaigne, surtout pas, il veut oublier, c'est tout, ne plus penser à cette honte..."

 

Daniel Pennac parle longuement de son enfance de cancre

Une douleur dont il est difficile de se remettre."Le chagrin d'être cancre relève du chagrin d'amour. Le cancre a le sentiment d'être profondément inutile, donc indigne d'amour. " "Revenir sur cette enfance", n'a pas été une promenade de plaisir. Il m'a fallu quatre ans pour écrire ce livre, qui semblera peut-être du "Pennac" souriant, avec des anecdotes amusantes, etc. Mais de sentir remonter en mois ces journées interminables, les cours où je ne comprenais rien, les leçons que je ne retenais pas, les devoirs sur lesquels je séchais, non, ça n'a pas été drôle". Le cancre, c'était lui, "Daniel Pennacchioni...Fils d'un polytechnicien et d'une mère au foyer. Elevé dans une famille aimante et cultivée, dernier de quatre garçons dont les trois premiers ont fait de bonnes études". Comme il arrive parfois, l'élève Pennac a été "sauvé" de sa "cancrerie" en troisième, par un professeur de français. Celui-ci lui a demandé non une dissertation, mais un roman, que le jeune Daniel livrait, chapitre par chapitre.

 Se remet-on d'avoir été mauvais élève ? Pas aisément, même si on le dissimule "par une attitude désinvolte" ou "de joyeux récits à posteriori". En 320 pages, l'ancien dernier de la classe devenu enseignant et romancier à succès raconte son désarroi et son calvaire passés, cet avenir "réduit à rien", l'angoisse des parents. Il y ajoute un message : "pour se sauver à ses propres yeux, le cancre doit s'apercevoir qu'il existe aux yeux des adultes, qu'il a de la valeur pour eux. Et pour ce faire, il faut qu'il sente un certain amour dans la transmission du savoir : l'amour du professeur pour la matière qu'il enseigne, son intérêt réel pour sa classe et pour chaque individu à l'intérieur de cette classe, fût-ce le plus nul".

 

Je ne peux m’empêcher de vous rapporter ce savoureux plat :


Pennac en tant que prof fait apprendre à ses élèves un texte par coeur par semaine à ses élèves. Il répond à une mère qui lui dit que son fils n'est plus un bébé:

" Votre fils, chère madame, n'en finira jamais d'être un enfant de la langue....il aimera savoir en quelle langue il nage, ce qui le porte, le désaltère et le nourrit, et se faire lui-même porteur de cette beauté, et avec quelle fierté! Il va adoré ça, faites-lui confiance, le goût de ces mots dans sa bouche, les fusées éclairantes de ces pensées dans sa tête, et découvrir les capacités prodigieuses de sa mémoire, son infinie souplesse, cette caisse de résonance, ce volume inouï où faire chanter les plus belles phrases, sonner les idées les plus claires, il va en raffoler de cette natation sublinguistique lorsqu'il aura découvert la grotte  insatiable de sa mémoire, il adorera plonger dans la langue, y pêcher les textes en profondeur, et tout au long de sa vie les  savoir là, constitutifs de son être, pouvoir se les réciter à l'improviste, se les dire à lui même pour la saveur des mots. Porteur d'une tradition écrite grâce à lui redevenue orale il ira peut-être même jusqu'à les dire à quelqu'un d'autre, pour le partage, pour les jeux de la séduction, ou pour faire le cuistre, c'est un risque à courir. Ce faisant il renouera avec ces temps d'avant l'écriture où la survie de la pensée dépendait de notre seule voix. Si vous me parlez régression, je vous répondrai retrouvailles! Le savoir est d'abord charnel. Ce sont nos oreilles et nos yeux qui le captent, nos bouches qui le transmettent. Certes, il nous vient des livres, mais les livres sortent de nous. Ça fait du bruit une pensée, et le goût de lire est un héritage du besoin de dire".

 

…et le goût de lire est un héritage du besoin de dire

 

Je me dit à nouveau : « Neandertal a laissée Lascaux alors pourquoi pas moi? »

C’est donc ça. Je me rassure, j’ai un bon vice !!




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24 avril 2008 4 24 /04 /avril /2008 10:44
J'ai lu jusqu'à une heure du matin et je ne suis même pas fatiguée! Qu'est ce qu'il est bien ce livre! "Les années" d'Annie Ernaux. Certains ont dit qu'il y manquait les sentiments, que c'était une énumération de lieux, de temps et d'évènements. C'est vrai. Mais justement, il faut un sacré talent pour décrire toutes ces choses qui m'ont emportées vers mes propres souvenirs et sensations. Je ne suis pas née en 1940 mais j'en ai le ressenti à travers les discours et les habitudes des "anciens". Malgré que je vivais des choses difficiles dans les années 1960/70, j'ai eu, en lisant, la nostalgie de ces époques, des ces ambiances: musiques, films, programmes scolaires, slogans, vêtements, "réclames", mobiliers, attitudes ,...Pour ceux qui ont vu "Le péril jeune", ils comprendront.
Et puis, plein de petits
bijoux psychanalytiques sur l'évolution de la société ou  plus intimement de soi. Tout au long, on se dit ha oui, ha oui,...
Avant Mai 68:
" A chaque moment du temps, à côté de ce que les gens considèrent comme naturel de faire et de dire, à côté de ce qu'il est prescrit de penser, autant par les livres, les affiches dans le métro que par les histoires drôles, il y a toutes les choses sur lesquelles la société fait silence et ne sait pas qu'elle le fait, vouant au mal-être solitaire ceux et celles qui ressentent ces choses sans pouvoir les nommer. Silence qui est brisé un jour busquement, ou petit à petit, et des mots jaillissent sur les choses, enfin reconnues, tandis que se reforment, au-dessous, d'autres silences."
Après Mai 68:
"Il était accordé à chacun, pourvu qu'il représente un groupe, une condition, une injustice de parler et d'être écouté, intellectuel ou non. Avoir vécu quelque chose en tant que femme, homosexuel, transfuge de classe, détenu, paysan, mineur, donnait le droit de dire je. Il y avait une exaltation à se penser en terme collectif. des portes-paroles s'élevaient spontanément, de prostituées, de travailleurs en grève,..."

Bref, à lire et à relire.
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