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15 octobre 2016 6 15 /10 /octobre /2016 17:53
 
Derrick Jensen (né le 19 décembre 1960) est un écrivain et activiste écologique américain, partisan du sabotage environnemental, vivant en Californie. Il a publié plusieurs livres très critiques à l'égard de la société contemporaine et de ses valeurs culturelles, parmi lesquels The Culture of Make Believe (2002) Endgame Vol1&2 (2006) et A Language Older Than Words (2000). Il est un des membres fondateurs de Deep Green Resistance.

Plus de renseignements sur l'organisation Deep Green Resistance et leurs analyses dans cet excellent documentaire qu'est END:CIV, disponible en version originale sous-titrée français en cliquant ici.

Il s'agit ici de la préface à l'édition de 2007 du livre de Ward Churchill "Pacifism as Pathology"(initialement publié en 1986).

 

Ce livre, extraordinairement important, plonge au cœur d’une des principales raisons pour lesquelles les mouvements cherchant à instaurer la justice sociale et environnementale échouent. La question fondamentale ici posée est la suivante : la violence est-elle un outil acceptable pour faire advenir le changement social ? Il s’agit peut-être de la plus importante des questions de notre époque, et pourtant, bien souvent, les discussions à son sujet tournent autour de clichés et d’une sorte de pensée magique: comme si, d’une certaine façon, si nous étions tous assez bons et gentils, l’État cesserait d’utiliser la violence qui lui permet de tous nous exploiter. J’aimerais que cela soit vrai. Mais, bien évidemment, ce n’est pas le cas.

Il s’agit d’un livre nécessaire, et plus encore à chaque jour qui passe. Nous sommes vraiment dos au mur. La culture dominante est en train de tuer la planète. 90% des grands poissons des océans ont disparu. Les forêts amazoniennes pourraient entrer en phase de déclin irréversible dans l’année. Tous les cours d’eau des USA sont contaminés par des carcinogènes. Cela ne devrait pas nous surprendre, étant donné que le lait maternel de la totalité des mères de la planète — humaines et non-humaines — est contaminé par des carcinogènes. Le réchauffement climatique s’accélère, et avec lui la possibilité réelle de rendre cette planète inhabitable pour l’essentiel, et la réponse de ceux au pouvoir est de nous dire que ce mode de vie — ce mode de vie qui détruit la planète, qui commet des génocides contre chacune des cultures indigènes qu’il rencontre, qui dégrade et appauvrit la vaste majorité des humains, qui, véritablement, est basé sur et dépend de chacune de ces choses — n’est pas négociable.

Parallèlement, les efforts de ceux d’entre nous qui combattent le système sont insuffisants. Manifestement, autrement, nous ne serions pas en train de perdre. Les taux de déforestation ne continueraient pas à augmenter, le ravage des océans ne continuerait pas, ni le massacre des peuples indigènes, ou leur éviction.

Qu’allons-nous faire? Avec la planète entière en jeu, il est plus que temps que nous mettions toutes nos options sur la table.

Il s’agit d’un livre nécessaire, et plus encore à chaque jour qui passe.

Dans ce livre, Churchill explique clairement comment nombre des assertions pacifistes sont souvent en décalage par rapport à la réalité. Gandhi, par exemple, est souvent présenté comme un parangon du pacifisme étant parvenu à son but. Mais le succès de Gandhi (si tant est qu’il en fut un: nous pourrions soutenir que le peuple indien n’a pas réellement remporté cette révolution, mais qu’à cet égard, Coca-Cola et Microsoft l’ont emporté, pour l’instant) a eu lieu après une centaine d’années de lutte — souvent violente — pour l’indépendance des Indiens. De plus, beaucoup d’Indiens considèrent que Gandhi a récupéré la rage des Indiens contre les Britanniques la réduisant ainsi en quelque chose de bien plus gérable, en quelque chose que les Britanniques n’avaient plus à craindre.

 

 

De la même façon, nous pouvons nous demander ce qu’aurait accompli Martin Luther King si des Africains-Américains n’étaient pas descendus dans la rue, parfois avec des armes. Cette question n’est pas posée assez souvent. Churchill souligne quelques-unes des raisons qui expliquent l’absence de telles discussions.

Churchill ne fait pas, bien évidemment, la promotion d’une violence aveugle et irréfléchie. Il ne fait qu’argumenter contre la non-violence aveugle et irréfléchie.

Et à qui, à part aux pacifistes dogmatiques et à ceux au pouvoir, cela pose-t-il un problème ?

Les gens au pouvoir sont insatiables. Ils feront tout — mentir, tricher, voler, tuer — pour accroître leur pouvoir.

Le système récompense cette accumulation de pouvoir. Il la requiert. Le système lui-même est insatiable. Il requiert la croissance. Il requiert l’exploitation sans cesse croissante des ressources, y compris des ressources humaines.

Il ne s’arrêtera pas parce que nous le demandons gentiment; autrement, il se serait arrêté il y a déjà longtemps, lorsque les Indiens et d’autres peuples autochtones demandèrent gentiment aux membres de cette culture de bien vouloir arrêter de voler leurs terres. Il ne s’arrêtera pas parce que c’est la chose juste à faire, sinon il n’aurait jamais commencé.

Il ne s’arrêtera pas tant qu’il restera quelque chose à exploiter. Il ne peut pas.

Bienvenue à la fin du monde.

Ce livre, plus qu’aucun autre, démystifie et déconstruit le pacifisme dogmatique: il l’expose pour ce qu’il est vraiment. C’est une tâche cruciale, particulièrement au vu de l’emprise du pacifisme dogmatique sur un large pan de la soi-disant résistance aux USA, et dans les pays industrialisés, plus généralement. Comme Churchill l’explique au début de son essai: « Le pacifisme, l’idéologie de l’action politique non-violente, est devenu axiomatique et pratiquement universel chez la plupart des éléments progressistes du courant dominant contemporain en Amérique du Nord. » Cette emprise est particulièrement malheureuse, étant donné, comme Churchill l’explique ensuite, qu’elle « promet toujours que les dures réalités du pouvoir étatique peuvent être surmontées à l’aide de bons sentiments et de pureté d’intention, plutôt qu’à l’aide d’auto-défense et de combat. Les pacifistes affirment, ad aeternam, que la négativité de l’État capitalo-fasciste moderne s’atrophiera à travers la défection et la négligence une fois qu’une vision sociale assez positive se présentera pour prendre sa place… Appelée alchimie au Moyen-âge, une telle insistance sur la répétition de thèmes creux et d’expériences ratées pour obtenir un résultat désiré, a depuis longtemps été consignée au royaume de la fantaisie, écarté par tous, sauf par les plus insidieux ou cyniques (qui utilisent cela pour manipuler les gens) ».

Bien sûr, ceux qui disent que ce mode de vie n’est pas négociable — ou ceux qui ne disent rien, mais dont les actes traduisent cette même croyance — ont tout faux. Ils confondent des variables dépendantes et indépendantes: ce mode de vie — n’importe quel mode de vie — est et doit être basé sur un environnement sain. Sans environnement sain, vous n’avez rien. Ceux au pouvoir peuvent fantasmer tant qu’ils veulent sur quelque macabre dystopie techno-capitaliste — et nous pouvons, pareillement, fantasmer tant que nous voulons sur une utopie écosocialiste groovy pleine d’amour libre et de super musique — mais cela ne sert à rien si vous ne pouvez ni respirer l’air ni boire l’eau de la planète. Tout dépend de votre environnement; tout le reste n’est qu’une variable dépendante de la variable indépendante qu’est l’environnement. Pas d’environnement, pas de mode de vie. D’ailleurs, pas d’environnement, pas de vie. C’est aussi simple que ça.

Malheureusement, la simplicité ou la complexité ne sont pas le problème, et ne l’ont jamais été. Les problèmes auxquels nous faisons face n’ont jamais été intellectuellement complexes: ce ne sont pas des problèmes rationnels dont nous devons nous extirper comme en tentant de sortir d’un labyrinthe. En effet, les problèmes auxquels nous faisons face ne sont pas rationnels du tout; croire qu’ils le sont participe du problème, car cela mène à penser qu’ils pourraient être influencés par des solutions rationnelles: que si nous y réfléchissions suffisamment, que si nous défendions nos idées avec assez de conviction, nous pourrions convaincre (lire: supplier) ceux au pouvoir de stopper l’attitude destructrice d’exploitation qui caractérise cette culture, et pour laquelle ils sont extrêmement bien récompensés.

Essayons voir: est-ce qu’organiser réunion sur réunion avec Hitler pour lui présenter toutes sortes d’arguments rationnels sur les raisons pour lesquelles il ne devrait pas ordonner l’extermination des juifs ou l’invasion de l’Union Soviétique aurait fonctionné? Des gens ont essayé. Ça n’a pas fonctionné. Bien sûr, des membres de la résistance allemande ont tenu de nombreuses réunions pour tenter d’en convaincre d’autres de les rejoindre. Mais leur but n’était pas de recruter encore plus de gens pour convaincre Hitler de changer. Leur but était de recruter ces gens pour provoquer la chute d’Hitler et des nazis.

 

Ou ceci: d’innombrables rapports d’époque montrent qu’aux 17ème et 18ème siècles des flux réguliers de colons blancs désertaient pour rejoindre les Indiens. Comme J. Hector St John de Crèvecoeur l’explique dans ses Lettres d’un fermier américain:

Il doit y avoir quelque chose de particulièrement captivant dans le lien social des Indiens, et de bien supérieur, pour qu’il soit vanté parmi nous; des milliers d’Européens sont devenus des Indiens, et nous n’avons pas un seul exemple d’un de ces aborigènes devenant européen! Il doit y avoir quelque chose d’envoûtant dans leur manières, quelque chose d’indélébile, façonné par les mains de la Nature. Par exemple, prenez un jeune Indien, offrez-lui la meilleure éducation possible, toute votre générosité, couvrez-le de présents, de richesses, et pourtant sa forêt natale lui manquera secrètement, tandis que vous penseriez qu’il l’aurait oubliée depuis longtemps; et à la première opportunité qui se présentera, vous le verrez volontairement abandonner tout ce que vous lui avez donné et revenir vers les nattes de ses pères avec une joie indescriptible.

Voilà ce qu’en dit Benjamin Franklin:

Aucun Européen ayant goûté à la vie sauvage ne peut ensuite supporter le retour dans nos sociétés.

Il écrit également :

Quand un enfant indien a été élevé parmi nous, qu’il a appris notre langue et s’est habitué à nos coutumes, s’il retourne voir sa famille ne serait-ce qu’une fois, on ne pourra jamais le persuader de revenir, et ce n’est pas inhérent aux Indiens, mais aux hommes… Quand les blancs des deux sexes ont été faits prisonniers jeunes par les Indiens, et ont vécu un certain temps parmi eux, même s’ils sont rachetés par leurs amis, et traités avec toute la tendresse imaginable pour les convaincre de rester parmi nous, en très peu de temps ils se dégoûtent de notre manière de vie, de tout le travail et peine qui sont nécessaires pour l’entretenir, et prennent la première bonne occasion de s’échapper de nouveau dans les bois, d’où il est impossible de les récupérer.

Ces descriptions sont courantes. Cadwallader Colden écrit en 1747 des Blancs capturés par des Indiens:

Aucun argument, aucun traité, aucun pleur de leurs amis et relations, ne pourrait persuader nombre d’entre eux de quitter leurs nouveaux amis indiens; nombre d’entre eux qui furent persuadés de revenir chez eux par les caresses de leurs relations, en peu de temps, en eurent assez de notre manière de vivre, et se sont à nouveau enfuis chez les Indiens, et ont fini leurs jours avec eux. D’un autre côté, des enfants indiens ont été soigneusement éduqués parmi les Anglais, vêtus et disciplinés, cependant, je pense qu’il n’y a pas un seul exemple où ceux-ci, après qu’ils eurent obtenu la liberté d’aller parmi les leurs, et qu’ils furent en âge, restèrent avec les Anglais, ils retournèrent à leurs propres nations, et se passionnèrent autant pour le mode de vie indien que ceux n’ayant jamais connu le mode de vie civilisé.

Lors d’échanges de prisonniers, les Indiens couraient joyeusement vers leurs familles, tandis que les Blancs captifs devaient être pieds et poings liés afin qu’ils ne retournent pas en courant vers leurs ravisseurs.

Face à ces désertions, face à ces autres cultures possédant quelque chose de « bien supérieur, à vanter parmi nous », une action raisonnable aurait été, tout simplement, d’accepter ces désertions. Une autre aurait été de rendre votre propre mode de vie plus proche de celui de ces autres, de rendre votre culture assez attrayante pour que les désertions cessent. Bien sûr, ce ne furent pas les choix suivis. Le choix a été et est toujours de continuer à éliminer les options, d’exterminer ces autochtones autres et de voler leur terre.

Plus encore, à propos de l’irrationalité caractérisant cette culture: actuellement, les divers gouvernements du monde dépensent plus d’argent pour la subvention des flottes de pêche commerciale du monde que ce qu’elles rapportent. Les contribuables du monde entier paient pour vider les océans.

Plus encore : actuellement, les USA dépensent bien plus d’un milliard de dollars par jour pour le budget de l’armée: c’est-à-dire, pour tuer des gens. Un milliard de dollars pourrait payer la scolarité de 5 millions d’enfants du Tiers-Monde pendant un an. Avec ce que les USA dépensent en 5 jours pour tuer des gens, de l’eau potable pourrait être fournie à tous les humains du monde n’en bénéficiant pas. En ne tenant pas compte de l’acquisition de terres, le gouvernement des USA dépense moins pour les efforts de rétablissement de toutes les espèces en danger qu’il ne dépense pour l’armée en 12 heures.

Encore plus de déraison. De multiples études nous apprennent qu’au sein de cette culture une femme sur quatre est violée au cours de sa vie, et que 19% de plus subiront des tentatives de viols. Les femmes que je connais me disent que ces chiffres sont des sous-estimations. Que cela nous apprend-il sur la rationalité ou le caractère raisonnable de cette culture? Le viol n’est ni raisonnable ni rationnel, peu importe les histoires que les violeurs se racontent pour le justifier. De la même façon, le meurtre de la planète n’est ni raisonnable ni rationnel, peu importe les histoires que les gens peuvent se raconter pour le justifier. Changer le climat n’est ni raisonnable ni rationnel. Détruire des modes de vies qui existent depuis des milliers ou des dizaines de milliers d’années n’est ni raisonnable ni rationnel.

Ou, peut-être que d’un certain point de vue, tout ça est rationnel. Le psychiatre RD Laing explique que si vous pouvez comprendre l’expérience des gens, vous pouvez alors comprendre leur comportement: les gens agissent en fonction de leur expérience du monde. Jusque-là, ça va. Mais que cela nous apprend-il sur ceux au pouvoir, que leur expérience du monde puisse les pousser à sans cesse chercher de nouveaux autres à exploiter?

Pour répondre à cela, parlons psychopathologie. Un psychopathe peut être défini comme quelqu’un qui cause volontairement des dommages sans remords: « de tels individus sont impulsifs, insensibles aux besoins des autres, et incapables d’anticiper les conséquences de leur comportement, de poursuivre des buts sur le long terme, ou de tolérer la frustration. Le psychopathe est caractérisé par l’absence des sentiments de culpabilité et d’anxiété qui accompagnent normalement un acte antisocial ». Le Dr Robert Hare, qui a longtemps étudié les psychopathes, explique clairement que « parmi les caractéristiques les plus dévastatrices du psychopathe, on retrouve un mépris impitoyable pour les droits des autres et une propension aux comportements prédateurs et violents. Sans remords, les psychopathes charment et exploitent les autres pour leur propre profit. L’empathie et le sens de la responsabilité leur font défaut, et ils manipulent, mentent et arnaquent les autres sans se soucier des sentiments de qui que ce soit ».

 

 

Ça vous rappelle quelque chose?

Il est impossible de faire face à un comportement abusif ou psychopathologique à l’aide de moyens rationnels, peu importe à quel point il est dans l’intérêt de l’agresseur ou du psychopathe que nous le croyions. (Comme l’auteur Lundy Bancroft l’a souligné, « d’une certaine façon, un agresseur opère comme un magicien. Ses tours reposent principalement sur le fait de vous faire regarder dans la mauvaise direction, de vous distraire afin que nous ne remarquiez pas où la véritable action se trouve. Il vous entraîne dans un dédale alambiqué, faisant de votre relation avec lui un labyrinthe de tours et détours. Il veut vous embrouiller, que vous tentiez de le comprendre, comme s’il était une merveilleuse machine, mais endommagée, qu’il vous faudrait remettre en état en réparant les parties défectueuses, afin de lui faire retrouver son plein potentiel. Son désir, bien qu’il puisse ne pas l’admettre, c’est que vous déchiriez ainsi votre cerveau, afin que vous ne remarquiez pas les schémas de la logique de son comportement, la conscience derrière la folie ». Ça non plus, ça ne vous rappelle rien ?)

Un comportement grossièrement abusif n’est pas quelque chose qu’il faut comprendre. C’est quelque chose qu’il faut stopper.

Ce qui nous ramène à ce livre. J’ai entendu Ward [Churchill] décrire la culture dominante à travers le personnage fictif d’Hannibal Lecter, héros du Silence des agneaux : « Vous êtes enfermé dans une pièce avec ce psychopathe », a-t-il dit, « et vous êtes au menu. La question est : qu’allez-vous y faire? »

Qu’allez-vous y faire?

J’ai, dans ma vie, fait l’expérience de quelques relations que je qualifierais d’émotionnellement abusives. Il m’a fallu des années pour apprendre une leçon très importante: vous ne pouvez pas débattre avec un abuseur. Vous perdrez toujours. D’ailleurs, vous avez perdu dès le début (ou plus précisément, dès l’instant où vous répondez à ses provocations). Pourquoi? Parce qu’ils trichent. Ils mentent. Ils contrôlent les conditions de tout « débat », et si vous sortez de ce cadre, ils vous frapperont jusqu’à ce que vous rentriez dans le rang. (Et, bien sûr, nous constatons la même chose à plus grande échelle). Si cela se produit suffisamment souvent, ils n’ont plus à vous frapper, puisque vous cessez de dépasser les bornes. Et si cela se produit vraiment assez souvent, vous pourriez imaginer une philosophie ou une religion qui ferait du respect des limites une vertu. (Et, bien sûr, nous constatons encore la même chose à plus grande échelle).

Une autre raison pour laquelle vous perdez toujours en discutant avec un agresseur, c’est qu’ils excellent dans le domaine des doubles contraintes. Une double contrainte, c’est une situation dans laquelle, si vous choisissez la première option, vous perdez, et si vous choisissez la seconde option, vous perdez, et dont vous ne pouvez vous sortir.

Le seul moyen d’échapper à une double contrainte, c’est de la briser.

C’est la seule solution.

Une double contrainte. L’une des choses les plus intelligentes que les nazis aient faite, a été de faire en sorte qu’à chaque étape il soit rationnellement dans l’intérêt des Juifs de ne pas résister. Beaucoup de Juifs avaient l’espoir — et cet espoir fut alimenté par les nazis — qu’en jouant le jeu, en suivant les règles établies par ceux au pouvoir, leurs vies n’empireraient pas, qu’ils ne seraient pas tués. Préférez-vous avoir une carte d’identité, ou préférez-vous résister et risquer de vous faire tuer? Préférez-vous aller dans un ghetto (une réserve, ou autre) ou préférez-vous résister et risquer de vous faire tuer? Préférez-vous monter dans un wagon à bestiaux, ou préférez-vous résister et risquer de vous faire tuer? Préférez-vous entrer dans les douches, ou préférez-vous résister et risquer de vous faire tuer?

Mais je voudrais souligner quelque chose de très important: les Juifs ayant participé à l’insurrection du Ghetto de Varsovie, y compris ceux qui se sont lancés dans ce qu’ils pensaient être des missions suicide, ont eu un taux de survie plus élevé que ceux qui se sont pliés. N’oubliez jamais ça.

La seule solution pour sortir d’une double contrainte, c’est de la briser. N’oubliez jamais ça non plus.

J’ai repris contact, récemment, avec un vieil ami. Durant les années qui se sont écoulées depuis notre dernière rencontre, il est apparemment devenu pacifiste. Il dit qu’il pense possible d’atteindre n’importe qui à l’aide d’un argument suffisamment convaincant.

« Ted Bundy? », ai-je demandé.

« Il est mort »

« Lorsqu’il était en vie »

« Okay, j’imagine que non ».

« Hitler? » Il est resté silencieux.

J’ai dit : « Gandhi a essayé. Il lui a écrit une lettre en lui demandant de bien vouloir cesser ce qu’il faisait. Il a été évidemment surpris que Hitler ne l’ait pas écouté ».

« Je pense toujours », dit-il, « que dans la plupart des cas, vous pouvez parvenir à une sorte d’entente avec les gens ».

« Bien sûr », ai-je répondu. « La plupart des gens. Mais, si quelqu’un veut ce que tu as, et que cet individu est prêt à tout pour l’obtenir? » Je pensais aux mots de Red Cloud, Indien Oglala, qui parlait de l’insatiabilité et du comportement abusif des membres de la culture dominante: « Ils nous ont fait des promesses, plus que je ne puis m’en souvenir. Mais n’en ont tenu qu’une. Ils ont promis de prendre notre terre, et ils l’ont prise ».

 

Mon ami a répondu : « Mais qu’est-ce qui vaut le coup de se battre? Ne peut-on pas juste partir? »

J’ai pensé aux nombreuses choses qui valent le coup de se battre: l’intégrité physique (la mienne et celles de ceux que j’aime), la terre sur laquelle je vis, les vies et la dignité de ceux que j’aime. J’ai pensé à la maman ours qui m’a chargé il n’y a pas une semaine, parce qu’elle pensait que je menaçais son petit. J’ai pensé aux mères juments, vaches, chats, aigles, poules, oies, et souris qui m’ont déjà attaqué, pensant que j’allais faire du mal à leurs petits. J’ai pensé: si une mère souris est prête à affronter quelqu’un qui fait 8000 fois sa taille, pourquoi pas nous? J’ai répondu : « Et s’ils veulent tout ce qui se trouve sur cette planète? La planète est finie, tu sais. En fin de compte, tu ne peux pas juste fuir ».

Mon ami n’était finalement pas si pacifiste que ça, après tout, car il m’a répondu : « J’imagine qu’à un moment, il faut riposter ».

Dans une récente interview, la question suivante a été posée à Ward Churchill : « Que pensez-vous que les gens des milieux d’opposition doivent faire pour vraiment impacter le changement? »

J’ai un ami, un ancien détenu, très intelligent, qui pense que les pacifistes dogmatiques sont les personnes les plus égoïstes qu’il connaisse, parce qu’elles placent leur pureté morale — ou, plus exactement, leur propre conception de la pureté morale — avant l’arrêt des injustices.

C’est un problème.

La question devient: que voulez-vous? Je sais ce que je veux. Je veux vivre dans un monde avec plus de saumons chaque année, un monde avec plus d’oiseaux migrateurs et chanteurs chaque année, un monde avec plus de forêts anciennes chaque année, un monde avec moins de dioxine dans le lait maternel des mères chaque année, un monde avec des tigres et des grizzlis, et des grands singes et des marlins et des espadons. Je veux vivre sur une planète viable.

Et je ferai ce qu’il faut pour ça, quoi qu’il en coûte.

J’ai également entendu Ward répondre à cette question. Il veut que la culture dominante cesse de tuer des enfants indiens. Et il fera tout ce qu’il faut pour ça, quoi qu’il en coûte.

Il s’agit de la même lutte.

Ward et moi-même ne plaidons pas contre les pacifistes. Nous ne plaidons pas non plus contre ceux qui choisissent de tenter de faire advenir le changement social à l’aide de moyens pacifiques. Nous avons besoin de tout. Nous avons besoin de gens pour engager des poursuites judiciaires, et d’autres pour travailler dans les foyers pour femmes battues. Nous avons besoin de permaculteurs. Nous avons besoin d’éducateurs. Nous avons besoin d’écrivains. Nous avons besoin de guérisseurs. Mais nous avons également besoin de guerriers, de ceux qui sont volontaires et prêts à riposter. C’est ce qu’il y a de bien avec cette situation catastrophique: peu importe où vous regardez, il y a énormément de choses à faire.

Il y a une différence, cependant, entre être personnellement pacifique et être un pacifiste. Le pacifisme pathologique dont Ward fait la critique, cette « idéologie de l’action politique non-violente » qui « est devenue axiomatique et quasi universelle parmi les éléments les plus progressistes du courant contemporain dominant en Amérique du Nord », n’est pas un simple choix personnel, ou une propension, mais plutôt une obsession, une monomanie, une religion ou un culte friable, qui, comme d’autres obsessions fragiles, ne tolère aucune hérésie. Non seulement ces pacifistes ne veulent-ils pas riposter — ce qui est bien évidemment leur prérogative —, ne veulent pas même envisager la riposte — ce qui est encore leur prérogative —, mais, et c’est bien plus nuisible, ils ne permettent à personne d’envisager la riposte. Bien trop souvent, ils font tout ce qui est en leur pouvoir pour faire taire quiconque commet le blasphème d’oser riposter, ou d’oser en parler.

Leur première ligne de défense est souvent de faire taire le contrevenant. Cela m’est arrivé de nombreuses fois, et si vous avez osé parler de la riposte, je suis sûr que cela vous est aussi arrivé. Des cris — ou des chants, plutôt — sortent du canon pacifiste. Comme n’importe quelle religion fondamentaliste, le pacifisme dogmatique a ses articles de foi. Et comme beaucoup d’articles de foi, ils ne résistent pas à un examen approfondi. Mais, encore une fois, et c’est vrai de n’importe quelle religion fondamentaliste, que les articles de foi correspondent ou pas à la réalité physique importe peu pour les croyants convaincus, ou pour leur enthousiasme et leur agressivité. Réfutez un de leurs articles de foi — en le mettant en pièces rhétoriquement — et ils continueront à le répéter encore et encore, comme si vous n’aviez rien dit du tout.

Articles de foi.

Ils nous disent qu’en voulant riposter, nous faisons preuve de manichéisme, en séparant le monde en deux groupes : nous et eux. « Si quelqu’un gagne », disent-ils, « c’est que quelqu’un doit perdre. Si nous étions suffisamment créatifs, nous pourrions trouver des moyens pour être tous gagnants ». Allez dire ça aux marlins, aux salamandres tigrées, aux orangs-outangs. Il est facile de parler de la victoire de tout le monde lorsqu’on est insensibles aux souffrances de ceux qu’on exploite et de ceux dont on permet l’exploitation. Il y a déjà des gagnants et il y a déjà des perdants, mais ce qu’on ignore opportunément dans tous ces discours affirmant que tout le monde est gagnant, c’est que le monde est déjà en train de perdre. Ce qu’on ignore davantage, c’est que lorsque le monde perd, nous perdons tous. Et ce qu’on ignore tout aussi convenablement, c’est que vous ne pouvez pas faire la paix avec une culture qui tente de vous dévorer. Cela fait longtemps qu’une guerre est déclarée, et livrée contre le monde, et le refus de prendre en compte cette guerre ne signifie pas qu’elle n’a pas lieu.

Ils nous disent que l’amour triomphe de tout, et que le simple fait de parler de riposte ne serait qu’un manque d’amour. Ils nous disent que si nous avions suffisamment d’amour pour nos ennemis, nous pourrions les influencer à travers la puissance de cet amour. Ils nous disent que l’amour implique le pacifisme. Mais l’amour n’implique pas le pacifisme, et je crois que les mères grizzly seront d’accord avec moi à ce sujet, ainsi que toutes les autres mères que j’ai précédemment mentionnées.

 

Un Tigre face à une mère Ours énervée, dans la réserve de Ranthambore, en Inde (Rajasthan).

 

Ils nous disent qu’on ne peut pas utiliser les outils du maître pour démolir la maison du maître. Je ne compte même plus le nombre de personnes qui m’ont dit ça. Je peux, cependant, vous dire avec une assez grande certitude qu’aucune de ces personnes n’a lu l’essai dont est tirée cette phrase : « Les Outils du Maître ne démoliront jamais la maison du maître » (« The Master’s Tools Will Never Dismantle The Master’s House ») dont l’auteure est Audre Lorde (certainement pas pacifiste elle-même). L’essai ne traite en aucune façon du pacifisme mais plutôt de l’exclusion des voix marginalisées des discours portant en apparence sur le changement social. Si tous ces pacifistes avaient lu son essai, ils auraient sans aucun doute été horrifiés, car elle y suggère, assez justement d’ailleurs, une approche multivariée aux multiples problèmes auxquels nous sommes confrontés.

Il m’a toujours paru évident que les approches violente et non-violente du changement social sont complémentaires. Je ne connais personne parmi ceux qui prônent la possibilité d’une résistance armée contre l’exploitation et la dégradation imposées par les cultures dominantes, qui rejette une résistance non-violente. Nombre d’entre nous prennent part à la résistance non-violente et soutiennent ceux dont c’est le seul mode d’opposition.

Qui nous dit que nous ne devrions pas utiliser les outils du maître ? Ce sont souvent des chrétiens, des bouddhistes, ou autres adeptes de religions civilisées. Ce sont habituellement des gens qui pensent pouvoir faire advenir la justice à l’aide du vote, et la soutenabilité (durabilité) à l’aide de nos achats. Mais les religions civilisées sont des outils utilisés par les maîtres aussi sûrement que la violence. Il en va de même en ce qui concerne le vote. Ainsi que la consommation. Si nous ne pouvons pas utiliser les outils que les maîtres utilisent, quels outils devons-nous, au juste, utiliser ? Écrire ? Non, désolé. L’écriture est depuis longtemps un outil utilisé par le maître. Donc je pense que nous ne pouvons pas l’utiliser. Bon, discourir alors ? Oui, ceux au pouvoir détiennent des moyens de production industrielle de discours, et ceux au pouvoir abusent du discours. Possèdent-ils, pour autant, l’intégralité du discours, ce qui nous empêcherait d’y recourir ? Bien sûr que non. Ils possèdent aussi des moyens de production industrielle de religion, et ils abusent des religions. Possèdent-ils, pour autant, l’intégralité des religions, ce qui nous empêcherait d’y recourir ? Bien sûr que non. Ils possèdent des moyens de production industrielle de violence, et ils abusent de cette violence. Possèdent-ils, pour autant, l’intégralité de la violence, ce qui nous empêcherait d’y recourir ? Bien sûr que non.

Mais l’affirmation selon laquelle les outils du maître ne démoliront jamais la maison du maître me pose encore un autre problème ; c’est qu’il s’agit-là d’une terrible métaphore. Et qui ne fonctionne pas, tout simplement. La première condition d’une métaphore, et la plus indispensable, c’est qu’elle ait du sens dans le monde réel. Celle-ci n’en a pas.

On peut utiliser un marteau pour construire une maison, et on peut utiliser un marteau pour la démolir.

Peu importe à qui appartient le marteau.

Il y a d’autres problèmes avec l’utilisation de cette phrase par les pacifistes. L’un deux étant l’idée pacifiste selon laquelle cette force n’est l’apanage que de ceux au pouvoir. Il est très vrai que le maître utilise l’outil de la violence, mais ça ne signifie pas qu’il le possède. Ceux au pouvoir nous ont effectivement convaincus qu’ils possédaient la terre, c’est-à-dire qu’ils nous ont convaincus d’abandonner notre droit inaliénable d’accès à notre propre terre. Ils nous ont persuadés qu’ils possédaient la maison du conflit. Il n’y a pas d’outil du maître. Il y a celui qui se pense maître. Il y a une maison dont il prétend qu’elle est la sienne. Il y a des outils qu’il prétend également être les siens. Et il y a ceux qui croient toujours qu’il est le maître.

Mais il y en a d’autres qui n’adhèrent pas à cette illusion. Il y a ceux d’entre nous qui voient un homme, une maison et des outils. Ni plus ni moins.

Les pacifistes répètent inlassablement qu’il est beaucoup plus facile de faire la guerre que de faire la paix. Les vingt premières fois où j’ai entendu ça, je n’ai pas du tout compris : que ce soit la guerre ou la paix qui soit difficile n’a pas la moindre importance. Il est plus facile d’attraper une mouche à mains nues qu’avec la bouche, mais est-ce que cela signifie que la deuxième alternative est meilleure ou plus morale ? Il est plus facile de détruire un barrage avec une masse qu’avec un cure-dents, mais utiliser un cure-dents ne fera pas de moi quelqu’un de meilleur. Le niveau de difficulté d’une action est totalement indépendant de sa qualité ou de sa moralité.

Au fait, si tout ce qu’ils disent, c’est que parfois, la créativité peut rendre la violence inutile, ils devraient se contenter de dire ça. Cela ne me poserait aucun problème tant que l’accent est mis sur le mot parfois.

Il y a aussi cette phrase de Gandhi disant : « Nous voulons la liberté pour notre pays, mais non au prix de l’exploitation des autres hommes ». Cette phrase m’est aussi restée en travers de la gorge plus souvent que je ne l’aurais voulu, et je l’ai souvent paraphrasée comme suit : « Vous ne cessez de répéter que dans cette lutte pour la planète, vous voulez gagner, mais si quelqu’un gagne, cela ne signifie-t-il pas que quelqu’un doit perdre, et n’est-ce pas là une manière de pérenniser les mêmes vieilles idées de domination ? » Et j’ai toujours trouvé cette phrase à la fois intellectuellement malhonnête et mal pensée.

Un homme tente de violer une femme. Elle s’enfuit. Sa liberté de ne pas avoir été violée a été obtenue à ses dépens à lui : il n’a pas été en mesure de la violer. Cela veut-il dire qu’elle l’a exploité ? Bien sûr que non. Maintenant essayons de voir les choses autrement. Il tente de la violer. Elle ne peut pas lui échapper. Elle tente de l’en empêcher sans user de violence. Mais ça ne marche pas. Elle sort alors une arme et lui tire dans la tête. De toute évidence, sa liberté de ne pas avoir été violée a été obtenue au prix de sa vie à lui. L’a-t-elle exploité ? Bien sûr que non. Tout ceci peut se résumer en un truisme élémentaire : le droit de se défendre prévaut toujours sur le droit d’exploiter. Le droit à la liberté prévaut sur le droit d’exploiter, et si tu essayes de m’exploiter, j’ai le droit de t’en empêcher, même si cela se fait à tes dépens.

La liberté de n’importe qui de ne pas être exploité s’obtiendra toujours au détriment de la capacité de son oppresseur à l’exploiter. La liberté du saumon (et des rivières) de survivre s’obtiendra au détriment de ceux qui tirent profit des barrages. La liberté des anciennes forêts de séquoias de survivre s’obtiendra au détriment du compte en banque de Charles Hurwitz. La liberté du monde de survivre au réchauffement climatique s’obtiendra au détriment de ceux dont les modes de vies sont basés sur l’utilisation de pétrole. Prétendre autre chose n’est que pensée magique.

 

Les pacifistes nous disent que la fin ne justifie jamais les moyens. Il s’agit là d’un jugement de valeur travesti en jugement moral. Quelqu’un qui affirme que la fin ne justifie pas les moyens dit simplement ceci : J’accorde davantage de valeur au procédé qu’au résultat. Quelqu’un qui affirme que la fin justifie bien les moyens dit simplement ceci : J’accorde davantage de valeur au résultat qu’au procédé. En observant les choses sous cet angle, on s’aperçoit qu’il devient absurde d’énoncer des vérités absolues à ce sujet. Certaines fins justifient certains moyens, et certaines fins ne les justifient pas. De la même façon, les mêmes moyens peuvent être justifiés par certains pour certaines fins et ne pas être justifiés pour d’autres fins. (Par exemple, je tuerais quelqu’un qui a tenté de tuer ceux que j’aime, mais je ne tuerais pas quelqu’un qui a tenté de me faire une queue de poisson sur l’autoroute). Il en va de ma joie, de ma responsabilité et de mon honneur en tant qu’être sensible de faire ces distinctions, et j’ai pitié de ceux qui ne se considèrent pas dignes ou capables de les faire eux-mêmes, et qui doivent au lieu de cela compter sur des slogans pour les guider dans leurs actes.

Les pacifistes nous disent que la violence ne fait qu’engendrer la violence. Cela n’est manifestement pas vrai. La violence peut engendrer bien des choses. La violence peut engendrer la soumission, comme lorsqu’un maître bat un esclave (certains esclaves finiront par riposter, auquel cas cette violence engendrera davantage de violence ; mais certains esclaves se soumettront pour le restant de leurs jours, ainsi que nous pouvons le constater ; et certains iront même jusqu’à s’inventer une religion ou un état spirituel pour tenter de faire de leur soumission une vertu, ainsi que nous pouvons le constater également ; certains écriront et d’autres répéteront que leur liberté ne doit pas être obtenue au détriment des autres ; certains parleront de la nécessité d’aimer leurs oppresseurs ; et certains diront que les humbles hériteront de ce qui restera de la terre). La violence peut engendrer la richesse matérielle, comme lorsqu’un voleur ou un capitaliste (si différence il y a) dérobe quelque chose à quelqu’un. La violence peut engendrer la violence, comme lorsque quelqu’un attaque quelqu’un qui riposte. La violence peut engendrer une cessation de violence, comme lorsque quelqu’un repousse ou tue un assaillant (il est totalement absurde et insultant de dire qu’une femme qui tue un violeur engendre davantage de violence).

Les pacifistes nous disent : « Nous devons être le changement que nous voulons voir ». Cette déclaration, en fin de compte vide de sens, est une manifestation de la pensée magique et du narcissisme, qui ne nous étonnent guère plus de la part des pacifistes dogmatiques. Je peux changer autant que je veux, les barrages seront toujours là et les saumons continueront de mourir. Le réchauffement climatique continuera à progresser rapidement, les oiseaux à mourir de faim. Les chalutiers-usines continueront à fonctionner et les océans à souffrir. Les fermes industrielles continueront à polluer et les zones mortes continueront à se développer. Les laboratoires de vivisection seront toujours là et les animaux seront toujours torturés.

Ils nous disent que si nous utilisons la violence contre ceux qui nous exploitent, nous deviendrons comme eux. Ce cliché est, encore une fois, absurde, sans aucun lien avec le monde réel. Il est fondé sur la notion fausse selon laquelle toutes les violences sont identiques. Il est indécent de suggérer qu’une femme qui tue un homme essayant de la violer ne vaut pas mieux qu’un violeur. Il est indécent de suggérer que lorsqu’il a riposté, Tecumseh est devenu comme ceux qui pillaient la terre de son peuple. Il est indécent de suggérer que les Juifs qui luttèrent contre leurs exterminateurs à Auschwitz/Birkenau, Treblinka et Sobibor devinrent comme les Nazis. Il est indécent de suggérer qu’un tigre qui tue un humain dans un zoo devient comme l’un de ses geôliers.

Les pacifistes nous disent que la violence n’accomplit jamais rien. Cet argument, plus encore que les autres, révèle à quel point nombre de pacifistes dogmatiques sont présomptueusement, complètement, et désespérément déconnectés de la réalité physique, émotionnelle et spirituelle. Si la violence n’accomplit rien, comment ces gens croient-ils que les civilisés ont conquis l’Amérique du Nord et du Sud et l’Afrique, et avant ce continent, l’Europe, et encore avant, le Moyen-Orient, et depuis lors, le reste du monde ? Les peuples indigènes n’ont pas livré — et ne livrent pas — leur terre parce qu’ils reconnaissent avoir affaire à une culture meilleure dirigée par des gens meilleurs. La terre a été — et est toujours — saisie et les gens qui y vivaient ont été — et sont toujours — massacrés, terrorisés, brutalisés jusqu’à la soumission. Les dizaines de millions d’Africains tués lors de la traite des esclaves seraient surpris d’apprendre que leur esclavage n’était pas le résultat d’une violence endémique. Même chose pour les millions de femmes brûlées pour sorcellerie en Europe, et pour les milliards de pigeons voyageurs massacrés pour servir le système économique. Les millions de prisonniers coincés dans les goulags, ici, aux États-Unis, et ailleurs, seraient stupéfaits de découvrir qu’ils peuvent s’en aller quand bon leur semble, et qu’ils ne sont pas en fait détenus là par la force. Est-ce-que les pacifistes qui tiennent de tels propos croient vraiment que les gens du monde entier livrent leurs ressources aux riches parce qu’ils apprécient d’être appauvris, qu’ils apprécient de voir leurs terres et leurs vies pillées — pardon, je suppose que lorsque les choses sont formulées ainsi, elles ne sont pas pillées mais gracieusement reçues en offrande — par ceux qu’ils doivent certainement percevoir comme plus méritants ? Pensent-ils que les femmes se soumettent au viol uniquement pour le plaisir, ou en raison du recours à la violence ou sous une menace de violence? L’une des raisons pour lesquelles la violence est si souvent utilisée par ceux qui sont au pouvoir, c’est qu’elle fonctionne. Terriblement bien.

De plus, la violence peut aussi bien fonctionner pour la libération que pour l’assujettissement. Dire que la violence n’accomplit jamais rien avilit non seulement la souffrance de ceux qui ont été lésés par la violence mais dévalorise aussi les triomphes de ceux qui se sont battus pour échapper à des situations d’exploitation ou de maltraitance. Des femmes et des enfants violentés ont tué leurs agresseurs, se libérant ainsi de sa violence. Et de nombreuses luttes indigènes et autres luttes armées ont abouti à un succès pour des périodes plus ou moins longues. Pour préserver leurs fantasmes, les pacifistes dogmatiques doivent ignorer l’efficacité néfaste et utile de la violence.

Quand répéter sans fin leur litanie (à tue-tête) ne suffit pas à faire taire ceux qui ont la témérité de suggérer la riposte, la tactique suivante des pacifistes consiste souvent en une prétention de grandeur morale, comme si refuser de riposter — comme si perpétuer sa servitude — était en quelque sorte plus louable, plus admirable et digne d’être imité — mais enfin, qui est-ce que cela aide? — qu’agir efficacement, peu importe les moyens nécessaires pour démanteler ou détruire l’oppression.

Lorsque cela ne fonctionne pas, la prochaine manœuvre est d’ignorer tous les autres parties de votre analyse et de répéter sans cesse les versions déformées des parties qu’ils jugent les plus répréhensibles. J’ai écrit un livre de 891 page intitulé Endgame [Fin de partie, ou dénouement, en français, NdT] qui est une analyse en profondeur du fait que la culture dominante est intrinsèquement insoutenable — elle est en train de tuer la planète — et qu’elle est fondée sur la violence. Je demande à ce que nous allons faire à ce sujet. Les commentaires se sont divisés en deux camps: les non-pacifistes pour la plupart aiment le livre, et les pacifistes, bien sûr, le détestent. J’ai envisagé de publier une autre version intitulée Endgame pour pacifistes. Une version composée de 890 pages blanches, avec une page au milieu lisant: « Parfois, c’est acceptable de riposter ». Parce que, de toute façon, ce sont les seuls mots qu’ils semblent avoir lu : leur conviction de fondamentaliste les empêche de voir quoi que ce soit d’autre dans le livre.

Lorsque la distorsion du message ne fonctionne pas, l’étape suivante consiste souvent en un dénigrement des blasphémateurs, il s’agit de les qualifier de terroristes; de personnes dénuées de compassion; de personnes agissant par colère, de provocateurs; de personnes qui ne valent pas mieux que ceux qu’ils combattent. Les pacifistes sont prêts à dire n’importe quoi pour ne pas reconnaitre le fait que certaines personnes considèrent qu’il est nécessaire de riposter.

Lorsque les noms d’oiseaux ne fonctionnent pas, les pacifistes essaieront de vous faire taire par d’autres moyens. Étant donné que ceci est une introduction à un livre de Ward Churchill, je ne pense pas nécessaire de donner des détails sur les effets que le militantisme de Ward a eu sur sa carrière. Et toute l’opposition à ses positions n’a pas été le fait des agents directs du pouvoir. Une partie de cette opposition a été le fait de pacifistes, de ceux qui devraient, au moins en apparence, être ses alliés dans la lutte, mais qui, eux aussi, agissent comme des agents du pouvoir.

Toute cette étroitesse d’esprit cette intolérance envers toutes les tactiques autres que les leurs (un pacifiste a écrit dans sa critique de Endgame : « Gandhi ou la mort! ») est nuisible à bien des égards. Premièrement, parce qu’elle atrophie la possibilité d’une synergie efficace entre différentes formes de résistance. Deuxièmement, parce qu’elle fait illusion, nous faisant croire que nous sommes vraiment en train d’accomplir quelque chose tandis que la destruction du monde se poursuit. Troisièmement, parce qu’elle gaspille un temps précieux dont nous ne disposons pas. Quatrièmement, parce qu’elle rend vraiment service à ceux qui détiennent le pouvoir.

 

Ward Churchill l’exprime bien:

Aucune campagne de pétition ne dissoudra le statu quo. Aucun procès non plus; vous ne pouvez pas vous rendre dans le tribunal du conquérant et faire en sorte que celui-ci annonce l’illégitimité de sa conquête et son abrogation; vous ne pourrez faire en sorte qu’une alternative soit votée, aucune veillée de prière ne fera l’affaire, aucune bougie parfumée lors de cette veillée, aucune chanson de folk, aucun accessoire à la mode, aucun régime alimentaire, aucune nouvelle piste cyclable. Vous devez le dire franchement: le fait est que cette puissance, cette force, cette entité, cette monstruosité appelée État, se maintient par la force physique, et ne peut être contrée qu’à l’aide de ce qu’elle utilise elle, car c’est la seule chose qu’elle comprenne.

Cela ne sera pas un processus indolore, mais, eh, première nouvelle: ça n’est pas non plus actuellement un processus indolore. Que vous ne ressentiez qu’une relative absence de douleur témoigne seulement de votre position privilégiée au sein de cette structure étatique. Ceux qui sont au bout de la chaîne, que ce soit en Irak, en Palestine, à Haïti, ou dans des réserves indiennes aux États-Unis, qu’ils soient dans le flux des migrants ou dans les villes, ceux qui sont « différents » et de couleur, en particulier, mais pauvres en général, connaissent la différence entre l’absence de douleur liée à l’acquiescement, d’un côté, et la douleur liée au maintien de l’ordre existant, de l’autre. Finalement, aucune alternative ne se trouve dans la réforme, la seule alternative se trouve — non pas dans la fantasque révolution — mais dans la dévolution, c’est-à-dire le démantèlement de l’Empire depuis ses entrailles.

Je suis très en colère d’avoir eu à gaspiller autant de temps, ces dernières années, à déconstruire des arguments pacifistes sans queue ni tête. Je suis en colère d’avoir eu à écrire tant de bouquins pour exposer des conclusions qui devraient être assez évidentes. Flash info : cette culture est en train de tuer la planète. Flash info : cette culture est fondée sur la violence. Flash info: cette culture relève de la sociopathie. Flash info: cette culture requiert que nous soyons déconnectés les uns des autres, mais également et plus particulièrement, que nous soyons déconnectés de notre terre. Flash info: cette culture nous inculque l’irresponsabilité et ne survivrait pas si nous venions à gagner ne serait-ce qu’une once de responsabilité.

Il y a quelques temps, un ami m’a envoyé cet e-mail:

Il y a tant de gens qui ont peur de prendre des décisions et de prendre des responsabilités. Les enfants sont éduqués, et les adultes encouragés, à ne pas prendre de décisions et de responsabilité. Ou, plus exactement, on les forme à ne s’engager que dans des faux choix. Lorsque je pense à cette culture et aux horreurs qu’elle commet, et que nous permettons, et lorsque je pense à la réponse type face à des choix difficiles, il me semble évident que tout, dans cette culture, nous pousse à « choisir » des « réponses » rigides, contrôlées, et vagues, au lieu de la fluidité, du vrai choix, et de la responsabilité personnelle liée à ces choix. À chaque fois.

Le pacifisme n’en est qu’un exemple. Le pacifisme est bien sûr, moins diversifié dans son déni et ses illusions que d’autres aspects de cette culture (en d’autres termes, plus évident dans sa stupidité), mais tout cela fait partie de la même chose: le contrôle et le déni de la relation et de la responsabilité, d’un côté, contre le choix et la prise de responsabilité dans des circonstances particulières, de l’autre.

Le pacifiste élimine le choix et la responsabilité en excluant une large gamme de possibilités de l’action et même de la discussion. « Regardez comme je suis pur, en ne faisant pas les mauvais choix », peuvent-ils dire, alors qu’en réalité, ils n’ont aucun choix du tout. Et bien sûr, ils font des choix, en fait.   Choisir l’inaction — ou l’action inefficace — face à l’exploitation et à l’abus, c’est peut-être la plus impure des actions imaginables. Mais ces actions inefficaces peuvent fournir une illusion d’efficacité: peu importe ce que l’on peut dire du pacifisme, même face à des problèmes gigantesques, le pacifisme et les autres réponses qui ne menacent pas le statu quo, sont des objectifs atteignables. C’est toujours ça, j’imagine. Mais cela me rappelle ceux qui vont chez le thérapeute pour avoir l’impression de faire quelque chose, à la différence de ceux qui affrontent réellement leurs peurs, et qui choisissent de jouer un rôle actif dans leur transformation.

Le pacifisme est une imitation toxique de l’amour, n’est-ce pas ? Parce que cela n’a en fait rien à voir avec aimer quelqu’un. Pourrait-on dire que les imitations toxiques sont toxiques en partie parce qu’elles ignorent la responsabilité, elles ignorent la relation, elles ignorent la présence, parce qu’elles remplacent le choix et la fluidité par le contrôle ? Les imitations toxiques sont, bien évidemment, les conséquences et les causes de la démence. Pourrait-on dire qu’un manque de responsabilité, de relation, de présence, et la substitution de la fluidité et du choix par le contrôle sont les causes et les conséquences de la démence?

Ce livre est nécessaire, et plus encore à chaque jour qui passe.

Lisez-le. Et une fois fini, faites quelque chose.

Derrick Jensen

 


Une dernière citation de Ward Churchill à ce sujet:

« Ce que je veux, c’est que la civilisation cesse de tuer les enfants de mon peuple. Si cela peut être accompli pacifiquement, j’en serais heureux. Si signer une pétition peut faire en sorte que ceux au pouvoir cessent de tuer des enfants Indiens, je mettrai mon nom en haut de la liste. Si manifester peut le faire, je marcherai aussi loin qu’il le faudra. Si tenir une bougie allumée peut le faire, j’en tiendrai deux. Si chanter des chansons engagées peut le faire, je chanterai tout ce qu’il faut. Si vivre simplement peut le faire, je vivrai extrêmement simplement. Si voter peut le faire, je voterai. Mais toutes ces choses sont autorisées par ceux au pouvoir, et aucune de ces choses n’empêchera ceux au pouvoir de tuer des enfants Indiens. Elles ont toujours échoué, et échoueront encore. Étant donné que les enfants de mon peuple sont en train d’être tués, vous n’avez aucune raison de vous plaindre des moyens que j’utilise pour protéger les vies des enfants de mon peuple. Et j’emploierai tous les moyens nécessaires ».


 

Traduction : Nicolas Casaux

Édition & Révision: Fausto Giudice, Héléna Delaunay, Maria Grandy

 

 

Commentaire de Marc

Tout changement est une balance entre les rapports de force, vers un équilibre. La valeur d'un leader/concept est sa capacité à mobiliser un nombre de personnes/actions. Or nous vivons dans ce pays une crise du leadership, un déni de compétence altère, autrement-dit. Cette crise ne touche pas seulement les élites, mais chacun d'entre nous (en langue française pour ce qui est de ma compétence). On se demande toujours comment tiennent les gros porcs et les savates à la tête des structures en général, sans parler de la hiérarchie entreprenariale... Les gens suivent à la fin, se rangent et empruntent les voies tracées... écoulement des eaux... Tu aura beau avoir convaincu, accumulé les meilleurs sources, pleuré sur tes propres conclusions, le "peuple", comme une belle salope, finira par convoler (en secret si besoin) avec le "plus fort", le gros connard... Et te blacklister... Or l'adhésion implique un effet d'aspiration (suckle me) Le président de la rép mobilise (en théorie) le plus grand nombre de gens armés. A ce jeu, les russes, avec leurs réserves énormes en soldats et en ressources, qui progresseront exponentiellement avec la fonte du permafrost et la libération de terres arables, bénéficient du contexte climato-politique de grande violence. Cette violence justement, ne connaît pas de limites dans les camps des dominateurs. Ils raffinent la peur industriellement, produisent les autoroutes de la pensée et créent les zones interdites de la conscience. Le terreau de merde humaine est le futur pétrole, la pink oil et la femme (et son double) l'enjeu. Leur projet est tellement clair, annoncé, efficient, que la stratégie date d'on ne sait quand mais difficile de se battre sur ce ring... Dans ce cas faudrait attendre le point de rupture mais je ne le vois pas globalement puisque la population mondiale enfle en demandant plus de consommation... Comment convaincre des paysans chinois de NE PAS envoyer leurs enfants à l'université en se tuant au taff dans une usine polluante tandis que les bambins seront coptés par les indus pour un stage international en complexe bétonné bien de chez nous logé par Amélie Poulain... La paix est telle le bonheur, un effet de paysage, un point de vue absolu qui ne dure pas ou perdure depuis toujours. Ce stagiaire kiffe son expérience, les tickets restau et la met en veilleuse pour le restant de ses jours... Cet ouvrier préfère se tuer au taff et cacher la réalité de sa douleur pour projeter ses enfants... Aucune pensée magique dans la moindre poésie, mais un dessein politique dans une poétique du réel. La survie, la précarité, encaisser et se débarrasser du pathos (et donc des faits), entraine une mania qui se propage tel pikachu. Encore une fois, Nicolas, je remets la couche de solutions individuelles qui passent par un mouvement de la pensée entre enquête et lâcher prise, entre Ultraviolence et Acceptation, en agissant LE MOINS POSSIBLE politiquement, mais systématiquement dans des contextes sociaux incongrus, imprévisibles et le plus possible USUELLEMENT et surtout en structurant sa famille avec des moyens d'autonomie mentale absolue (je parle de science et de corps, d'aliment et de joie de vivre). C'est ainsi que les dinosaures ont échappé au cataclysme, pas tous, seuls ceux qui avaient développé longuement des attributs qui n'en faisaient pas des dominants auparavant dans leur propre classe. Ils continuent de chanter aujourd'hui, comme les holoturies, les bactéries, les scorpions, mais pas les éléphants ni les mammouths. Et ensuite attendre 100 ou 20 000 ans. Car en voulant convaincre des électeurs structurellement incrédules que la non violence est un fake créé par la CIA ou des groupes de pensée industrieuse, ainsi que la plupart des ONG et officines importantes, que les états modernes se sont construits avec les mafias, les drogues et par l'avilissement des peuples et la destruction massive et que donc le socle, la base scripturale, le roman national sont minés, moisis, tu renvoies alors chacun à un gouffre intérieur beaucoup trop terrifiant, qui finit par lui faire choisir son petit camp fortifié de haine moyenne... Et le château fort du seigneur de guerre à coté... La libération du monde passe par un changement d'habitus collectif, de relecture des étiquettes... (crée une appli de relecture des codes barres et un compteur d'ondes perçues qui éteint le cellulaire ou l'écran, par ex, si ce n'est pas un potager)... Et certainement pas par l'occupation de l'espace "public/controle", qui laisse le domestique en désert domotique et le corps démembré et envahi... (maison=console virtuelle ou espace confiné de libération - abri) Du moins c'est ce que j'avance.

 

Published by Marie Rêveuse
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7 septembre 2016 3 07 /09 /septembre /2016 00:42


Au lieu d'avoir de bonnes raisons de le faire, on peut sourire pour rien, comme ça. Au début c'est difficile mais peu à peu on s'y fait.

C'est une attitude qui déstabilise l'entourage, modifie rapidement les relations humaines et fait surgir de l'enfance dans les contextes les plus sérieux.

Le simple fait de sourire déclenche en nous une attitude différente par rapport à la vie, à ce qui nous arrive, à ce que nous avons à affronter chaque jour.



 

 

 

 

 

 

Le sourire comme pratique de Thich Nhat Hanh

 

J'inspire, je sais que j'inspire.

J'expire, je sais que j'expire.
J'inspire, mon inspiration devient plus profonde.
J'expire, mon expiration devient plus douce.
Inspirant, je me calme, expirant je me mets à l'aise.
Inspirant, je souris, expirant je me relâche.
Inspirant, je m'installe dans le moment présent
Expirant, je sens que c'est un merveilleux moment.

 

Notre respiration est un pont reliant notre corps et notre esprit. Dans notre vie quotidienne, notre corps peut être ici et notre esprit ailleurs - déconnectés. Notre corps peut être ici et notre esprit quelque part, dans le passé ou dans le futur. Cet état est appelé état de distraction.
Mais entre le corps et l'esprit il y a quelque chose et c'est la respiration. Quand vous inspirez et quand vous expirez en pleine conscience, votre corps rejoint votre esprit - seulement en quelques secondes. Quand vous inspirez et expirez en pleine conscience, votre esprit retourne à votre corps et, tout à coup, vous réalisez l'état d'unité du corps et de l'esprit, et vous devenez très présent et très vivant dans le moment présent, et vous êtes en mesure de toucher la vie profondément à ce moment.
Ce n'est pas quelque chose de très difficile. Tout le monde peut le faire. Juste une inspiration et juste une expiration, et vous êtes là, maître de vous-mêmes, et si vous continuez ainsi, la qualité de la respiration augmentera et vous apportera beaucoup de satisfaction. La qualité de votre respiration augmentera : « J'inspire, je sais que mon inspiration devient plus profonde, J'expire, je sais que mon expiration devient plus douce ». « Plus profonde - Plus douce ». « Inspir - Expir, Plus profonde - Plus douce ». La pratique de la respiration consciente devrait être maintenant plus agréable.
Après deux ou trois minutes de pratique « Plus profonde-Plus douce » vous passez à « Calme-Relâche » : « J'inspire, je me calme. J'expire, je me relâche ». Cet exercice peut être utilisé chaque fois que vous sentez qu'il n'y a pas assez de calme dans votre corps ou dans votre esprit. Restez avec cet exercice aussi longtemps que cela est nécessaire pour rétablir votre calme et votre bien-être.
Pour terminer vous passez à l'exercice quatre : « J'inspire, je souris. J'expire, je me relâche ».

« Pourquoi devrais-je sourire s'il n'y a pas de joie en moi ? »
Sourire est une pratique. Il y a des centaines de muscles sur votre visage et quand vous êtes en colère, ces trois cents muscles sont tendus. Quand vous êtes en colère, quand vous avez peur, ils sont très tendus et vous vous sentez mal. Mais si vous savez comment respirer et sourire, la tension peut s'en aller directement. C'est ce que j'appelle le yoga de la bouche. Vous ne devez pas être joyeux pour pouvoir sourire, parce que ceci est un exercice. Vous souriez, tout simplement, vous respirez et souriez. Et la tension s'en ira, vous vous sentirez mieux.
Je n'attends jamais d'être joyeux pour sourire. Je souris et la joie viendra après. Il y a des moments où la joie produit le sourire. Le sourire est la conséquence. Mais il y a des moments où vous produisez un sourire comme cause et alors la relaxation, le calme et la joie deviennent l'effet.
Il y a des moments où il fait très noir dans ma chambre, personne ne peut me voir, mais je continue à pratiquer le sourire à moi-même. Je souris à moi-même. Je veux être gentil avec moi-même. Je veux m'aimer et prendre soin de moi-même. Parce que je sais que si je ne sais pas prendre soin de moi-même, je ne saurais pas prendre soin de quelqu'un d'autre. Avoir de la compassion pour soi est très important. Prendre soin de soi est une pratique très importante. Quand vous êtes fatigués, en colère, désespérés, vous devriez savoir comment retourner à vous-mêmes et prendre soin de votre colère, de votre désespoir.

Thich Nhat Hanh

 

 

7 septembre 2016 3 07 /09 /septembre /2016 00:37


Souvent, je suis surpris et je me sens petit de voir à quelle vitesse, quand je perd confiance en moi, j'endosse les difficultés et les souffrance des autres. Quand je me décentre et que réapparaissent les vieilles habitudes, quand je me sens épuisé ou déprimé, je redeviens très vite la cause de tout ce qui ne tourne pas rond en ce monde.

 

Je sais que je ne suis pas le seul dans ce cas. Peut-être est-ce là une des lois de la météo des émotions ou dépressions soudaines provoquent des tempêtes isolées. Cela est survenu tant de fois dans ma vie que je dois reconnaître le pouvoir de l'égocentrisme négatif. Règle générale, nous pensons de l'égocentrique qu'il est vaniteux, plutôt égoïste et prétentieux. En fait, le combat permanent contre l'excès de responsabilité m'a fait comprendre que le plus souvent, nous sommes égocentriques quand nous nous sentons diminués ou éloignés de notre sentiment d'unité avec le reste du monde.

 

Dans ces moments de dissociation, nous devenons sinistrement centrés sur nous-même, nous reprochant de ne pas régler les difficultés ni de corriger les choses, ou encore de permettre que de mauvaises choses se produisent. Derrière ces récriminations, il y a la supposition pompeuse et implicite que nous sommes les premiers à pouvoir contrôler les évènements vraiment tout à fait hors de l'influence de qui que ce soit.

 

Bien sur, nous influons les une sur les autres, et même souvent. Mais supposer que l'humeur des autres dépend de ma présence est une manière égocentrique de demeurer dans un cycle de sacrifice et de culpabilité. Supposer de plus que l'état d'esprit, ou la manière d'être un humain sur terre dépend de ma personne constitue le début de l'oppression de soi et de la codépendance.

 

Dans les moments d'extrême égocentrisme négatif, nous pouvons tous en arriver à endosser des quantités incroyables de fardeaux. Nous sous sentons alors terriblement responsables de la maladie ou d'un malheur d'un proche parce que nous n'étions pas assez bien, ni assez présents, ni assez parfait pour l'aider quand il en avait besoin.

 

La définition de la confiance en soi donnée par le psychologue Michael Mahoney peut nous être utile ici. Remontant à l'origine du mot confiance, confidere, qui signifie "fidélité", celui-ci compare la confiance en soi à la fidélité à soi. en effet, seule la dévotion à l'origine sacrée de notre insécurité peut nous ramener vers le centre du coeur, ce centre de vie commun à tous les êtres vivants. C'est d'ailleurs ce que la tradition hindoue nomme atman, le Soi immortel commun à tous.

 

Aussi, lorsque mon estime personnelle baisse et que je suis certain d'être la cause de cette intempérie, j'essaye maintenant de sentir le mouvement de la terre qui tourne sous mes pieds, le rythme des nuages au dessus de moi et la vitesse à laquelle mon coeur s'ouvre malgré une vie de souffrance. Lorsque tous ces mouvements s'alignent, ma volonté habituelle est affaiblie et je m'éveille à un pouvoir plus grand que n'importe quel coeur, plus grand que le temps de n'importe quel jour ou du sens que prend n'importe quelle vie.

 

Mark Nepo

 

 

 

Published by Marie Rêveuse - dans Psychologie
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7 septembre 2016 3 07 /09 /septembre /2016 00:24
http://a404.idata.over-blog.com/297x300/3/89/23/50/bouddha-sourire.jpg
Pourquoi avons nous l’impression d’être égoïstes ou qu’il serait mieux  de nous occuper des autres que nous mêmes ? Justement, là est le point.  Dans notre culture, on nous a souvent dit de prendre soin des autres, de voir aux besoins des autres d’abord.  Nous l’avons fait en croyant et en espérant en silence que les autres fassent la même chose pour nous, un jour.  Mais souvent, nous avons oublié cette autre maxime qui dit : ‘’On ne peut pas donner ce que l’on n’a pas.’’  La pratique du sourire intérieur convient tout autant à ceux qui veulent s’occuper d’eux-mêmes que des autres. 

Le sourire intérieur est une ancienne méthode taoïste de relaxation profonde et de guérison.  Cette pratique se fait en position assise, les pieds au sol, le dos bien droit, les yeux fermés.  ‘’Projetez votre propre visage qui sourit ou le sourire de quelqu’un que vous aimez devant vous et laissez entrer ce sourire dans vos yeux.’’  La base de cette relaxation-méditation est interne.  L’objectif est de nous occuper à relaxer l’intérieur de notre corps : les yeux, le visage, les organes internes, le cerveau et la colonne vertébrale plutôt que les membres extérieurs .  C’est donc une pratique de méditation qui nous apprend à entrer en contact avec nos organes internes, à apprendre à leur sourire et à les aimer.  De cette façon, le stress et les émotions négatives seront transformées en aptitudes créatrices et curatives, ce qui augment la quantité et la qualité de l’énergie vitale.  Quand l’intérieur est détendu, l’extérieur se détend par le fait même. 
 
Pourquoi commencer par les yeux ?  Les yeux sont rattachés au système nerveux autonome qui est lui-même relié aux organes et aux glandes.  C’est la première partie du corps qui reçoit les signaux émotionnels.  En situation de stress ou de danger, les yeux peuvent accélérer l’activité des glandes et des organes, mais lorsque les yeux restent calmes et détendus, ils peuvent aussi ralentir leur activité. 

Selon les taoïstes,  le sourire attire à nous et nous transmet l’énergie de l’amour et de la joie qui a le pouvoir de réchauffer et de guérir.  On utilise cette pratique du sourire intérieur pour rétablir l’activité dans les glandes et les organes et les maintenir à un haut niveau de performance, ce qui augmente la conscience de soi et les sentiments de force et de pouvoir personnels. 

Le sourire intérieur se pratique en quatre étapes.  D’abord, nous pratiquons le sourire dans :
1. Les yeux et le visage
2. Les yeux et les organes internes : cœur-poumons-foie-rate-organes sexuels.
3. Les yeux et la voie digestive.
4. Les yeux, le cerveau et la colonne vertébrale.

Cette pratique aide à réduire le stress, les tensions et les blocages dans les divers organes.  Elle nous met en contact avec nous-même de façon constructive et nourrissante.  Elle nous permet d’aller vérifier chaque jour l’état de nos organes internes pour leur accorder un peu de temps et de douceur et leur permettre de se détendre en les remerciant d’accomplir leur travail respectif et ce, à chaque seconde du jour et de la nuit, sans relâche. 

Cette pratique aide aussi à changer d’attitude envers soi-même, à devenir plus tolérant, chaleureux, compatissant envers ses limites, ses blocages, ses difficultés et face aux émotions négatives de ses organes.  Ceci dans le but de les aider à mieux fonctionner et à accomplir leur travail dans le calme et ainsi nous garder en santé. 

Plutôt que de se mettre en colère, de s’impatienter ou d’être désespéré parce que telle douleur, telle difficulté, telle émotion négative que l’on n’accepte pas revient dans notre corps, cette pratique nous apprends à utiliser la puissance méconnue du sourire intérieur pour apporter réconfort, douceur et aide à l’organe plus faible, plus fragile, ou à calmer l’organe qui est trop agité ou actif, un peu comme quand nous sourions à un enfant pour l’encourager dans une tâche ou que nous restons calme face à un enfant agité, craintif pour qu’il s’apaise.  Nous apprenons à traiter nos organes comme nos enfants. 

Ceci nécessite un changement d’attitude envers soi, ce qui peut demander un certain temps.  Nous  pouvons au début vouloir sourire et ne pas y arriver…il faut persister!  C’est la résistance au changement que nous travaillons à vaincre en nous et celle-ci peut se traduire par des idées fausses telles que :  ‘’Nous sommes faits pour le malheur et la maladie’’ ou ‘’nous sommes impuissants à changer cela, à agir sur la maladie, sur les émotions négatives.’’

La pratique du sourire intérieur va nous aider à augmenter les vertus positives liées à chaque organe en nous donnant graduellement plus de forces positives (résultant des forces négatives libérées) , plus de détente et de paix intérieures.  Par exemple, le fait de pratiquer la bonté envers les autres nous attire leur bonté en retour, ainsi ce que nous faisons de bon pour eux est bon pour nous dans l’immédiat, car cela régénère dans ce cas-ci notre propre foie, organe lié à la bonté, chaque vertu étant associée à un organe bien précis selon les taoïstes.  La pratique de cette bonté n’est pas commandée par la peur : peur de l’enfer ou peur de retourner dans la peau d’un animal, peur de la souffrance en guise de châtiment dans une vie future, mais par le désir de générer plus d’énergie positive en nous, maintenant.

Cette pratique du sourire intérieur nous met en contact avec chaque organe et chaque partie du corps et nous permet d’observer sans juger, les émotions présentes, en utilisant la force du sourire pour nous aider à transformer le négatif en positif.  Plutôt que de permettre aux émotions négatives de s’accumuler dans les organes internes et de se transformer en énergies négatives qui vont à la longue provoquer en nous des maladies, ou plutôt que de se décharger sur les autres de ces émotions négatives qui peuvent aussi les rendre malades, le sourire intérieur nous enseigne à considérer ce qui est, à transformer les forces négatives en forces positives et à être responsables de nous émotions plutôt que de nous laisser contrôler par elles.  C’est ce que les taoïstes appellent ‘’monter le dragon’’ ou la force émotive. 

Pratiquer le sourire intérieur nous aide à entrer en contact avec nos émotions au fur et à mesure qu’elles se présentent; à entrer en contact avec les vielles douleurs, tensions, ou émotions refoulées, oubliées et à faire le lien corps-esprit de façon plus étroite.  Sans nous concentrer obstinément sur les aspects malades, cette pratique peut nous révéler à nous-même des parties qui ont été oubliées ou négligées qui ont besoin d’aide, d’attention et d’appui.  Si trop de parties en même temps se révèlent malades, il serait avisé de consulter un médecin ou un psychologue.

Le sourire intérieur nous aide à pratiquer les vertus positives de joie, d’amour, de courage, de bonté, d’ouverture aux autres, d’honnêteté, de douceur, etc… que nous possédions à notre naissance et dans l’enfance et que nous avons perdues sous le joug et le poids du stress.  Mais ces vertus positives peuvent à nouveau émaner de nos organes si ceux-ci sont détendus et sains.  C’est pourquoi il faut apprendre à leur sourire.  Souriez!

 

Pris sur:alchymed.com

 

 

 

Published by Marie Rêveuse - dans Philosophie-Spiritualité
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7 septembre 2016 3 07 /09 /septembre /2016 00:21

Wilhelmina-de-Haas-Keane-1.jpgQue ce soit dans l'attente de lire un mot d'amour qui n'est jamais venu ou dans l'espoir vain d'obtenir une reconnaissance, la souffrance est toujours liée au maintien d'une attitude d'attente, de passivité, proche de la mendicité. Je tends la main pour recevoir mon dû! N'ai-je pas encore accepté de reconnaître que la seule personne au monde qui peut me donner de l'amour, c'est moi.

 

Il est impossible d'aimer les autres si on ne s'aime pas d'abord soi-même, si on ne s'accepte pas tel qu'on est.

 

Sinon, voilà pourquoi certains se transforment en secouristes du corps et de l'âme des autres, en invoquant un altruisme exacerbé alors que le vrai mobile n'est que la fuite de soi-même. Inconsciemment, c'est Moi, je ne mérite pas mon amour; je le donne aux autres et j'ai indubitablement droit à la reconnaissance de tous.

 

Si chacun ne découvre pas ce qu'il y a d'aimable au fond de lui, comment pourrait-il avoir la prétention de la faire vis à vis des autres?

 

Cela a pourtant été dit en son temps Tu aimeras ton prochain comme toi même. Sans le vouloir vraiment, nous sommes une large majorité à aimer notre prochain comme nous-mêmes, c'est à dire très mal...

 

Extrait du livre de Jean-Claude Gilmont dans "Fragrances de vie"

 

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7 septembre 2016 3 07 /09 /septembre /2016 00:20

Il est bien plus difficile de se juger soi-même que de juger autrui.

Antoine de Saint-Exupéry

 

En jugeant les autres un homme oeuvre en vain ; il se trompe souvent et tombe facilement dans le péché ; mais en se jugeant lui-même il oeuvre toujours à bon escient.

Thomas A'Kempis

 

  On juge toute sa vie puis on comprend qu'il faut s'abstenir de juger.

Jean-Marie Poupart

 

Ne juge personne avant de te mettre à sa place." Ce vieux proverbe rend tout jugement impossible, car nous ne jugeons quelqu'un que parce que justement nous ne pouvons nous mettre à sa place.

Emil Michel Cioran

 

La nature a donné aux grands hommes de faire, et laissé aux autres de juger.

Vauvenargues

 

C'est une grande misère que de n'avoir pas assez d'esprit pour bien parler, ni assez de jugement pour se taire.

Jean de La Bruyère

 

Il n'est pas vrai que plus on pense, moins on sent ; mais il est vrai que plus on juge, moins on aime. Peu d'hommes vous mettent dans le cas de faire exception à cette règle.

Chamfort

 

La témérité des jugements que nous portons sur les autres est en raison directe des illusions que nous avons sur nous-mêmes.

Théophile Funck-Brentano

 

Je ne juge d'après leurs actes que ceux pour qui j'ai de l'antipathie.

Natalie Clifford Barney

 

On prononce certains mots non pour qu'ils soient entendus mais parce qu'on juge important de s'exprimer.

Alain de Botton

 

On comprend peu les gens quand on les juge sans cesse.

Marie-Claire Blais

 

Si l'on jugeait les choses sur les apparences, personne n'aurait jamais voulu manger un oursin.

Marcel Pagnol

 

Ne juge pas chaque jour à la récolte que tu fais mais aux graines que tu sèmes.

Robert Louis Stevenson

 

 
Une oreille attentive est exceptionnelle aussi bien pour celui qui écoute que pour celui qui parle. Lorsque nous sommes reçus à coeur ouvert, sans être jugés, qu'on nous écoute d'une oreille intéressée, notre esprit s'ouvre.

Sue Patton Thoele

 

Il ne faut point juger des hommes par ce qu'ils ignorent, mais par ce qu'ils savent et par la manière dont ils le savent.

Vauvenargues

 

Avoir assez d'empire sur soi-même pour juger des autres par comparaison avec nous, et agir envers eux, comme nous voudrions que l'on agît envers nous-mêmes, c'est ce qu'on peut appeler la doctrine de l'humanité ; il n'y a rien au-delà.

Confucius

 

La flatterie n'a tant de charmes que parce qu'elle nous paraît confirmer le jugement de notre amour-propre.

Duc de Lévis

 

Nous sommes habitués à juger les autres d'après nous, et si nous les absolvons complaisamment de nos défauts, nous les condamnons sévèrement de ne pas avoir nos qualités.

Honoré de Balzac

 

Les inhibitions viennent de la peur du jugement des autres.

Gilbert Trigano

 

On met du temps pour comprendre que juger un individu, une oeuvre, etc. c'est se vanter soi-même, c'est se donner du poids.
Georges Perros


Au soir de cette vie, vous serez jugés sur l'amour.

Saint Jean de la Croix

 

Le bon juge condamne le crime sans haïr le criminel.

Sénèque

 

 Nous ne sommes si enclins à bien juger autrui que parce que nous tremblons pour nous-mêmes.

Oscar Wilde

 

 Que me reste-t-il de la vie ? Que cela est étrange, il ne me reste que ce que j'ai donné aux autres.

Vahan Tekeyan

 

L'ironie n'est pas moins mordante que l'agressivité.

Christian Jacq

 

Gardons-nous de l'ironie en jugeant. De toutes les dispositions de l'esprit, l'ironie est la moins intelligente.

Charles-Augustin Sainte-Beuve

 

Si tu veux trouver du repos ici et là haut, dis en toute occasion : qui suis-je, moi ? Et ne juge personne.

Abba Poemen

 

Lorsque donc quelqu'un te met en colère, sache que c'est ton jugement qui te met en colère.

Epictète

 

Le faible d'esprit se complaît dans son propre jugement et regarde souvent derrière lui pour voir si on l'admire.

 Al-Ibchichi

 

Pour juger combien nous importunons en parlant de nous, il faut songer combien les autres nous importunent quand ils parlent d'eux.

Madame de Sévigné

 

Ne jugez point, afin de n'être point jugés, car on vous jugera comme vous avez jugé, et l'on se servira pour vous de la mesure dont vous mesurez les autres.

Saint Matthieu

  
Rien ne modifie si vite notre jugement sur un individu que de découvrir que le jugement qu'il porte sur nous n'est pas ce que nous croyons.

Hjalmar Bergman

 

Juger autrui, c'est se juger.

William Shakespeare

 

  Juger, c'est de toute évidence ne pas comprendre puisque, si l'on comprenait, on ne pourrait pas juger.

André Malraux

 

 

 

Tu penses que tu es super
Tu penses que tu es très spécial
Oui... tout le monde pense ainsi !
Personne n'est super, personne n'est spécial
Nous sommes des êtres humains minuscules
que nous ne pouvons même pas voir en regardant du ciel !

Nhasti

 

Published by Marie Rêveuse - dans Philosophie-Spiritualité
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7 septembre 2016 3 07 /09 /septembre /2016 00:17

  Fenêtre chateau

 

 

L'homme, qui court après le temps, devrait se souvenir

que ce n'est pas le temps qui passe,

mais nous qui passons.

 

 

Source

 

Published by Marie Rêveuse - dans Philosophie-Spiritualité
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7 septembre 2016 3 07 /09 /septembre /2016 00:14

 

http://www.prestigemaison.com/wp-content/uploads/2010/08/Comment-offrir-des-fleurs.jpg

 

 

Les japonnais disent que même les graines de poussières peuvent créer des montagnes si elles se mettent ensemble. Les petits gestes de chacun tous les jours peuvent créer un effet énorme sans trop d'effort et en même temps nous rappellent que nous ne sommes pas seuls, isolés, ... Nous connaissons tous les mêmes peurs et craintes. Alors pas besoin de donner des fortunes mais tenir la porte à quelqu'un, offrir quelque chose,  sourire à un étranger, aider son voisin,... pas besoin de grands gestes... pensez aux graines de poussières  et laisser le vent emporté votre geste pour nous réunir...

 

Une recette si simple mais  souvent si compliquée. On pense trop souvent à ce qu'on aura de retour tout de suite - on calcule, on se réserve pour plus tard, on ne donne pas. Et si de temps en temps vous pensiez à donner quelque chose sans vouloir quoi que ce soit en retour. Un peu de votre temps, d'argent, de nourriture, un sourire, un geste de gentillesse.... Et donner cette "chose" du fond de votre coeur sans rien attendre en retour juste parce que vous pouvez! Faites! Essayez pendant les prochains quelques jours de donner une chose chaque jour à quelqu'un de différent et observer comment vous vous sentez.

 

Le simple fait de donner quelque chose de soi-même ou de ses possessions nous rempli avec énormément de satisfaction et c'est déjà beaucoup - pas besoin de plus. Mais une chose remarquable se passe quand on commence à vivre avec cet esprit de donner - on reçoit aussi. Peut-être pas sous la forme qu'on a donné mais on reçoit. Et l'univers devient un espace tellement plus agréable à vivre et à partager!

 

 

 

Je vous propose d'écouter Jacques Salomé qui parle des personnes qui attendent avec une pancarte aux feux rouges.

 

Published by Marie Rêveuse - dans Le genre humain
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7 septembre 2016 3 07 /09 /septembre /2016 00:10


Un jour, finir pêcheur

Parce que ça grandit l'homme.
Heureux comme ça,
Pas gagner plus d'argent.
Le matin, me lever,
Pas connu, pas guetté,
Parce que ça fait mal,
Ça fait mal a l'homme,
La célébrité.
Finir dans l'eau salée,
Juste savoir compter,
Vider le sablier
Et puis tout oublier
Parce que ça grandit l'homme,
De vivre sans parler,
Vivre sans paroles
Et d'apprendre à se taire,
Regarder sans voir
Les enfants qui dansent
Au bord du miroir.


 




Mais c'est toujours trop loin,
Toujours dans le noir,
Inaccessible,
Pareil au cœur de la cible.

Un jour, finir pêcheur,
Que personne s'en souvienne,
L'écrive ou le dise,
Vider sa valise
Et brûler les journaux,
Les tapis, les photos,
Sans rien vouloir apprendre
Pour que les enfants sachent
Qu'on va quelque part
Quand on oublie tout,
Qu'on oublie les coups,
Qu'on déplie, qu'on secoue,
Que la folie s'attrape,
Qu'on déchire la nappe,
Maladie tout à coup
Que tu portes à ton cou
Comme un collier de fleurs,
De larmes et de couleurs.
Un jour, finir pêcheur,
Mollusque divin,
Peau de parchemin.

Mais c'est toujours trop loin,
A portée de la main,
Inaccessible,
Pareil au cœur de la cible.

Un jour, finir pêcheur,
Tuer le mal de l'homme,
Se libérer de tout,
Prendre dans la mer
Les coraux, les vipères,
Et tout ça dans la main,
Sans lumière et sans gaz
Et sans barbe qu'on rase,
Un jour, finir pêcheur,
Avaler le compteur,
Regarder sans voir
Le calendrier
Qui tombe en poussière.
Qu'elle est loin, la terre.
Qu'elle est loin, la terre.
Le calendrier
Qui tombe en poussière.
Qu'elle est loin, la terre.
Qu'elle est loin, la terre.


 
Gérard Manset
Published by Marie Rêveuse - dans Poésie
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6 septembre 2016 2 06 /09 /septembre /2016 11:25
Cafe des Amis Reproduction artistique

 

Il y a les grandes tables rondes
Où l'on parle fort, où l'on fume
Où l'on défait, refait le monde
Où l'on taille quelques costumes
Il y a les soirées enivrées
On ne sait plus bien à la fin
Ce qu'au début on défendait
Resterait-il un peu de vin ?

Il y a les longues discussions
Quand on finit un peu pompette
Par se traiter de tous les noms
Vendu, pourri, analphabète
Il y a tous les serments d'amour
Les déclarations passionnées
Je t'aime, t'aimerai toujours
La rime est pauvre, je l'admets

{Refrain :}
Mais se taire, se taire avec un ami
Se taire, ne rien dire, ne pas causer
Dehors, dehors, il pleut mais à l'abri
Du silence se réfugier

Il y a les soirées militantes
Où l'on doit voter des motions
Il y a les soirées où l'on chante
Moustaki, Brassens et Souchon
Les bavardages inépuisables
Les disputes, les controverses
Les querelles interminables
Séance au café du commerce

{au Refrain}

Il y a les causeries, les ragots
Les médisances, les babillages
Les "y paraît", les "à propos"
Les racontars, les papotages
Il y a parfois tard dans la nuit
La cérémonie des aveux
On fait quelques cachotteries
Confidences les yeux dans les yeux

Mais se taire, se taire avec un ami
Oh ! Se taire, être silencieux à deux
Dehors, dehors, on n'entend plus la pluie
C'est bon de s'ennuyer un peu

Et quand le soleil apparaît
Tout d'un coup, tiens, l'un s'émerveille
Ce n'était qu'une pluie d'été
Regarde un peu, un arc-en-ciel
Du tac au tac, une heure après
L'autre répond d'un ton formel
Ah oui, c'est vrai, je reconnais,
Il était beau cet arc-en-ciel

{x2:}
Ah ! Se taire, se taire avec un ami
Oh ! Se taire, éviter les commentaires
Ça peut durer, durer toute une vie
L'été prend ses quartiers d'hiver
 

 
 
François Morel
Published by Marie Rêveuse - dans Poésie
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