Et le feu chaud par nature,
De même, par nature,
Toutes choses sont vacuité.
En disant que les choses sont vides,
Je ne les taxe pas de néant,
Mais je ne dis pas non plus par là
Que la vacuité soit permanente.
La caractéristique d’une chose ou d’un phénomène est: soit générale ou bien particulière. La vacuité est synonyme de l' interdépendance comme les deux côtés d'une même pièce. Ce n’est pas absence de phénomène, ni sa permanence; C'est sa nature. La vacuité est la nature même de la forme. Il n'y a pas de vacuité en dehors des phénomènes. Tout est vide d'existence propre. On ne peut comprendre la vacuité sans les formes conditionnées des apparences.
On ne peut réfuter les phénomènes s'il n'y a pas de phénomènes.
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Instructions spéciales intitulées:
La Guirlande de vues
Aide-mémoire qui explique succinctement
les différences entre les vues ou les véhicules
Hommage aux seigneurs Mañjushrî-Kumârabhûta
et Vajradharma !
Les êtres du monde ont d’innombrables
"vues" erronées qui peuvent se ramener
à quatre : le « matérialisme irréfléchi » des
"Indifférents", le matérialisme motivé des
Chârvakas, le matérialisme extrême des
"Extrémistes" et les voies non bouddhistes.
Les Indifférents ne savent pas si les choses
ont, ou non, des causes et des effets ; ils
sont totalement ignorants.
Les Chârvakas n’envisagent pas l’existence
de vies passées et futures. Ils s’attachent
à acquérir la puissance, la richesse et le
pouvoir pour cette seule vie en s’appuyant
sur la connaissance secrète des maîtres
mondains.
Pour les Extrémistes, rien n’a de cause ni
d’effet. Ceux-là considèrent que tout ce qui
arrive dans la vie surgit de façon accidentelle
pour finalement retourner au néant.
Les adeptes des voies non bouddhistes,
ayant des idées fictives sur tout, croient à
un soi éternel. Certains croient qu’il peut
y avoir des effets sans causes ; certains
se méprennent sur la causalité ; d’autres
pensent qu’il peut y avoir des causes sans
effets. Voilà autant de points de vue ignorants.
Les véhicules sont les différents niveaux d'enseignement qui mènent à l’Eveil. Il en existe 9 selon le bouddhisme tibétain. Chaque véhicule s’adresse à une disposition d’esprit pour l’enseignement. Il y a deux types d’approche qui se complètent et s’interconnectent mais ne se valent pas.
- La réflexion philosophique : enseigne la nature ultime des choses et les limites de chaque vues
- La pratique spirituelle : enseigne l’expérience contemplative, plus profonde que le raisonnement.
L’approche philosophique apportera une perception inférieure par rapport à celle d’un yogi. L’approche contemplative du yogi quand à elle pourra être complétée par des vues philosophiques plus profondes.
D’un point de vue bouddhique, "parce que ceci est, ceci peut être" chaque phénomène porte intrinsèquement les conditions de sa disparition car tout est impermanent.
Lorsqu’il est dit que la vision des yogis nie la vision ordinaire, c’est parce qu’elle va au-delà. La vision du yogi perçoit l’impermanence et les processus cognitifs qui y conduisent. Du reste, même un scientifique qui examinerait cette fleur d’un point de vue particulaire verra qu’elle n’est pas la même aujourd’hui qu’hier. Au fur et à mesure que notre compréhension augmente, on élimine les perceptions erronées quand à la nature des choses.
Parmi les grands exégètes de la tradition bouddhique de l’Inde, certains nient l’existence des phénomènes conventionnels, d’autres l’acceptent d’un point de vue relatif. Comme par exemple que la conscience soit le moi, en liaison et sur la base des 5 agrégats, et donc dépourvue d’existence propre.
En fin de compte, les phénomènes n’auraient pas d’existence propre d’un point de vue ultime. Ceci dit, d’un point de vue nominal, relatif et conventionnel, ils affectent le cours de choses par le lien de causalité.
Pour aller plus loin, on pourra lire utilement Sandrakirti – Les Claires Paroles
"Les auditeurs pensent que le point de vue
des non bouddhistes et des autres sur toutes choses
- celui des nihilistes qui pensent que les vies passées
ou futures n’ont jamais existé, et celui des
éternalistes qui croient à la réalité des choses –
est purement imaginaire, soit parce qu’ils
croient à l’existence de ce qui n’est pas,
soit parce qu’ils nient l’existence de ce qui est.
Pour les auditeurs, ces concepts n’ont pas
plus de réalité que le serpent que l’on
croit voir à la place d’une corde.
En revanche, ils pensent que les particules
infimes des quatre grands éléments
qui composent les agrégats, les domaines,
les entrées et ainsi de suite, de même
que les instants de conscience existent
en vérité absolue.
Ils méditent sur les quatre nobles vérités
et progressivement atteignent
les quatre fruits de leur voie.
Les adeptes du véhicule des bouddhas-par-soi,
comme les auditeurs, nient l’existence
du soi éternel et les autres choses que
les non bouddhistes imaginent en croyant
à ce qui n’est pas et en ne croyant pas à ce qui est.
Ils se démarquent toutefois des auditeurs
en ce qu’ils ‘réalisent’ qu’une partie
de l’agrégat de la matière n’a pas de soi.
De même, pour atteindre le fruit qu’est
leur Eveil, ils ne s’appuient pas sur un
ami de bien comme les auditeurs,
mais la force de leurs habitudes
antérieures leur permet de réaliser
le sens profond du réel en méditant
sur les douze facteurs de la production
interdépendante, et c’est ainsi qu’ils
atteignent le fruit de leur éveil.
Pour les bodhisattva toutes choses,
que ce soit dans le domaine pollué
du samsâra ou dans le domaine pur du nirvâna, s
ont dépourvues de nature propre en vérité absolue.
En vérité relative, elles existent comme de
simples illusions tout en gardant
leurs caractères particuliers.
D’autre part, la pratique des dix vertus
transcendantes a pour résultat de les
faire progresser dans les dix terres,
avec pour résultat final l’Eveil insurpassable".
En somme, il existe une vérité relative et une vérité absolue. Ceci est courant dans plusieurs spiritualités et dans plusieurs philosophies, mais le bouddhisme les unit de manière indivisible.
Ici j'ai pris: Une année avec la Dalai Lama, "Une pensée par jour pour mieux vivre"