Partir, c’est avant tout sortir de soi.
Prendre l’univers comme centre,
au lieu de son propre moi.
Briser la croûte d’égoïsme
qui enferme chacun comme dans une prison.
Partir, c’est cesser de braquer une loupe
sur mon petit monde ;
cesser de tourner autour de soi-même
comme si on était le centre de tout et de la vie.
Partir, ce n’est pas dévorer des kilomètres
et atteindre des vitesses supersoniques.
C’est avant tout regarder,
s’ouvrir aux autres, aller à leur rencontre.
C’est trouver quelqu’un qui marche avec moi,
sur la même route,
non pas pour me suivre comme mon ombre,
mais pour voir d’autres choses que moi,
et me les faire voir.
Partir... Les voyages ont la cote dans nos sociétés où tout bouge, court ou s’envole. Et cela grâce au progrès technique qui nous donne l’impression de maîtriser nos vies avec une puissance toujours accrue. A rebours de cette mode, le départ évoqué ici par le grand défenseur des pauvres, Dom Helder Carmara (1909-1999) nous convoque à un déplacement spirituel. Car il s’agit bel et bien de quitter l’univers étriqué de notre petit moi pour nous ouvrir à plus vaste que nous-mêmes : autrui. Un voyage qui, loin de la course folle du quotidien, s’appelle aussi «retour à Soi». Et si nous en faisions le thème de nos vacances ?
Prier n°303 Juillet-Août 2008