Il coule entre mes doigts le murmure du monde
Je ne sais pas s'il vit cet oiseau que je tiens
Ou s'il veut s'endormir au secret de ma paume
J'ai besoin de son chant, de son vol j'ai besoin
Il est blanc cet oiseau, je le nomme Colombe
C'est le clair messager des armes du printemps
Et moi je suis blessé de tant de terre et d'onde
En laissant mon oiseau s'envoler dans le temps.
Je dis l'arbre, l'enfant, je dis soleil, planètes
Et tout devient plus clair ----- écoutez immortels
Les mots de mon amour, je dis oiseau prunelles
Et vous battez déjà le grand vol de vos cils
Ils ne mourront jamais les mots que je répète
Ces dieux ne s'usent pas ------- voici les fruits, les fleurs
Voici la biche au lac que sa clarté reflète
Voici la femme et l'homme et voici l'univers.
Lorsque je combattrai les fauves et les guerres
N'ayant pour tout soleil que l'amure du cœur
Vous me suivrez mes yeux, plus haut que la prière
Et vous ma main de flamme au royaume des fleurs
Vous cueillerez le lys, le thym, la marjolaine
Pour apaiser les dieux, vous cueillerez la mort
Lorsque je combattrai les fauves et les guerres
Vous me suivrez mes yeux, vous me suivrez mon corps.
Mais quel est cet oiseau que nul ne peut atteindre
Et qui vit dans les cœurs et s'envole en chantant
On le nomme la joie, il dissipe les limbes
Et traverse d'un vol le plus clair de nos ans.
Mais quel est cet oiseau qui dépasse nos têtes
Tantôt d'air et de feu, tantôt de terre et d'eau
Ce simple chant dans l'arbre apaise les planètes
On l'écoute pour vivre au pays des oiseaux.
Les mains peuvent parler quand les bouches se taisent
Et quand les yeux sont clos peuvent danser les doigts
Mais privé de la voix, du regard, de l'oreille
N'étant plus rien qu'un corps écrasé sur le bois
Blessé de solitude à l'autre bout du monde
Dans un fleuve de sang roulant au fond des mois
J'aurai toujours assez de forces et de foi
Pour jeter cet oiseau qu'on appelle Colombe.
Peuple de ce temps dur, il te faut réapprendre
La langue du soleil ------- il te faut décimer
Les démons de la nuit. En soufflant sur la cendre
Tu peux faire jaillir un grand arbre de mai
Peuple voici venir à toi les mille orphées
Ne les repousse pas, peuple qui t'émerveilles
D'un simple oiseau de jour, d'une bûche enflammée
Orphée t'offre la joie, Ô peuple du soleil !