N’envoyez plus de lettres, seulement des feuilles d’arbres, que le soleil détache ou le vent cueille où l’automne abat et dépose entre vos mains.
Je ne les recevrai jamais le lendemain, mais j’ai depuis toujours l’habitude d’attendre et mon cœur, de veiller, n’en sera pas moins tendre.
Vous ne pourrez, c’est vrai, rien écrire dessus, cependant je lirai comme si j’avais su les paroles que vous formulez dans votre âme tant vos rêves ont pour moi l’éclat de la flamme.
Choisissez les couleurs suivant le ton des jours : que la feuille soit fraîche si le ciel est lourd, et d’un vert bien profond si l’azur est trop pâle.
Qu’elle soit de chêne et blonde comme le hâle au front d’un bel enfant, quand s’achève l’été, et lorsque vient Novembre, afin de refléter ce qu’il ensevelie et ce qu’il remémore veuillez me cueillir une feuille au sycomore.
(Mais qu’elle soit de hêtre, d’aulne ou d’olivier, que m’importe après tout pourvu que vous viviez !)
Et si, dans le futur, un jour Dieu vous propose par hasard le bonheur, pour me dire la chose envoyez simplement une feuille de rose.