J'ai lu jusqu'à une heure du matin et je ne suis même pas fatiguée! Qu'est ce qu'il est bien ce livre! "Les années" d'Annie Ernaux. Certains ont dit qu'il y manquait les sentiments, que c'était une énumération de lieux, de temps et d'évènements. C'est vrai. Mais justement, il faut un sacré talent pour décrire toutes ces choses qui m'ont emportées vers mes propres souvenirs et sensations. Je ne suis pas née en 1940 mais j'en ai le ressenti à travers les discours et les habitudes des "anciens". Malgré que je vivais des choses difficiles dans les années 1960/70, j'ai eu, en lisant, la nostalgie de ces époques, des ces ambiances: musiques, films, programmes scolaires, slogans, vêtements, "réclames", mobiliers, attitudes ,...Pour ceux qui ont vu "Le péril jeune", ils comprendront.
Et puis, plein de petits bijoux psychanalytiques sur l'évolution de la société ou plus intimement de soi. Tout au long, on se dit ha oui, ha oui,...
Avant Mai 68:
" A chaque moment du temps, à côté de ce que les gens considèrent comme naturel de faire et de dire, à côté de ce qu'il est prescrit de penser, autant par les livres, les affiches dans le métro que par les histoires drôles, il y a toutes les choses sur lesquelles la société fait silence et ne sait pas qu'elle le fait, vouant au mal-être solitaire ceux et celles qui ressentent ces choses sans pouvoir les nommer. Silence qui est brisé un jour busquement, ou petit à petit, et des mots jaillissent sur les choses, enfin reconnues, tandis que se reforment, au-dessous, d'autres silences."
Après Mai 68:
"Il était accordé à chacun, pourvu qu'il représente un groupe, une condition, une injustice de parler et d'être écouté, intellectuel ou non. Avoir vécu quelque chose en tant que femme, homosexuel, transfuge de classe, détenu, paysan, mineur, donnait le droit de dire je. Il y avait une exaltation à se penser en terme collectif. des portes-paroles s'élevaient spontanément, de prostituées, de travailleurs en grève,..."
Bref, à lire et à relire.