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6 avril 2009 1 06 /04 /avril /2009 15:52
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Chaque enfant qu'on enseigne est un homme qu'on gagne.
 Quatre-vingt-dix voleurs sur cent qui sont au bagne
Ne sont jamais allés à l'école une fois,
 Et ne savent pas lire, et signent d'une croix.
C'est dans cette ombre-là qu'ils ont trouvé le crime.
L'ignorance est la nuit qui commence l'abîme.
Où rampe la raison, l'honnêteté périt.
Dieu, le premier auteur de tout ce qu'on écrit,
A mis, sur cette terre où les hommes sont ivres,
Les ailes des esprits dans les pages des livres.
Tout homme ouvrant un livre y trouve une aile, et peut
Planer là-haut où l'âme en liberté se meut.
L'école est sanctuaire autant que la chapelle.
L'alphabet que l'enfant avec son doigt épelle
Contient sous chaque lettre une vertu ; le cœur
S'éclaire doucement à cette humble lueur.
Donc au petit enfant donnez le petit livre.
Marchez, la lampe en main, pour qu'il puisse vous suivre.
La nuit produit l'erreur et l'erreur l'attentat.
Faute d'enseignement, on jette dans l'état
Des hommes animaux, têtes inachevées,
Tristes instincts qui vont les prunelles crevées,
Aveugles effrayants, au regard sépulcral,
Qui marchent à tâtons dans le monde moral.
Allumons les esprits, c'est notre loi première,
Et du suif le plus vil faisons une lumière.
L'intelligence veut être ouverte ici-bas ;
Le germe a droit d'éclore ; et qui ne pense pas
Ne vit pas. Ces voleurs avaient le droit de vivre.
Songeons-y bien, l'école en or change le cuivre,
Tandis que l'ignorance en plomb transforme l'or.



Je dis que ces voleurs possédaient un trésor,
Leur pensée immortelle, auguste et nécessaire ;
Je dis qu'ils ont le droit, du fond de leur misère,
De se tourner vers vous, à qui le jour sourit,
Et de vous demander compte de leur esprit ;
Je dis qu'ils étaient l'homme et qu'on en fit la brute ;
Je dis que je nous blâme et que je plains leur chute ;
Je dis que ce sont eux qui sont les dépouillés ;
Je dis que les forfaits dont ils se sont souillés
Ont pour point de départ ce qui n'est pas leur faute ;
Pouvaient-ils s'éclairer du flambeau qu'on leur ôte ?
Ils sont les malheureux et non les ennemis.
Le premier crime fut sur eux-mêmes commis ;
On a de la pensée éteint en eux la flamme ;
Et la société leur a volé leur âme.



Victor Hugo, Jersey, 27 février 1853, Les Quatre vents de l'Esprit.

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Published by Marie Rêveuse - dans Respect en toute chose
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commentaires

Jean Georges 11/03/2010 00:06


Bonsoir,
Je ne crois pas être déjà passé sur vos lignes, mais votre joli blog m'inspire, votre pseudo déjà est un poeme.
Celui-ci de Victor Hugo, que je ne connaissais pas ,est d'une actualité surprenante malgré qu'il ait été ecrit il y a plus d'un siecle par un des maitres de la littérature française. J'ai lu trés
tôt malgré mon statut de fils d'un tout petit paysan correzien dont le papa savait juste signer son nom mais qui s'est privé de tout pour que ses deux fils aillent à l'école. JG.
 


Marie Rêveuse 11/03/2010 07:54


Si, j'ai retrouvé votre adresse sur cet article
Mon pseudo n'est pas loin de mon prénom puisque je m'appelle Marie-Eve.
La lecture est salvatrice quand il ne reste plus que ça. Les livres m'ont plus appris que ceux qui étaient près de moi.
Ne pas savoir est une souffance que ton père a dû connaître et qu'il n'a pas voulu que ses enfants connaissent à leur tour.
Belle journée!



المها 04/03/2010 01:45


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Françoise 01/03/2010 22:45


C'est bon d'écouter les "papis"... écoutons nous les encore? Qu'en avons nous fait de ces bons "papis"? A quelle place les avons nous mis aujourd'hui? J'ai vu, en sortant de la banque, un de ces
"vieux" serrer la main d'un gamin encore dans son landeau et lui offrir son plus beau sourire, lui rendre hommage, lui dire: "comment vas-tu, comment allez-vous monsieur?" puis de féliciter sa mère
et de lui dire "Ecoutez-le, votre bonhomme, c'est la vie qu'il vous amène, écoutez-le bien!". Je pense qu'il voulait honorer la sagesse et l'intelligence de l'enfance.. quelle source inépuisable!
C'est quand on a perdu une chose qu'on prend parfois conscience de toute sa valeur. Hugo m'a fait rêver quand j'étais encore sur les bancs de l'école primaire...il y a si longtemps... merci de
rafraîchir ma mémoire.


Marie Rêveuse 02/03/2010 13:31


Dommage, je trouve aussi, de cloisonner Expériences et Nouveautés alors qu'ils auraient tant à partager pour continuer à avancer.
Belle jounée à tous!


marie-claude 01/03/2010 17:18


Magnifique texte que je n'avais pas encore lu ...
Merci monsieur Hugo
Merci à toi
amitié . 


Marie Rêveuse 02/03/2010 13:26


Je découvre aussi.
A bientôt!


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